Nouvelles du pays et RSS - Informations et analyses de la vie de l'Eglise

FSSPX News


Comment reconstruire Notre-Dame de Paris ?  Voir?

Depuis le tragique embrasement de Notre-Dame de Paris, on ne parle plus que de sa reconstruction. C’est un noble projet. Ce sera un chantier grandiose. Mais c’est aussi le signe d’une grande ingénuité, voire d’une naïveté prétentieuse. 

Certes nous avons les matériaux nécessaires : les chênes pour la charpente dévastée par les flammes, les pierres pour les murs fragilisés par toute l’eau déversée. Certes les artisans français ne manquent pas de savoir-faire : charpentiers, maçons, maîtres verriers… Mais avons-nous la foi des bâtisseurs de cathédrale ? Car c’est bien elle qui permit aux artisans du Moyen Age d’élever cette prière de pierre, d’édifier cette oraison ogivale. Sans elle, nous pourrons restaurer matériellement, mais pas bâtir spirituellement. 

Notre-Dame de Paris a été construite pour la gloire de Dieu, pour l’honneur de la Très Sainte Vierge, et non pas pour une simple visite touristique, entre la tour Eiffel et la Joconde au Louvre. 

Là, nous voyons bien que nous ne pouvons la reconstruire, si elle ne nous a pas reconstruits intérieurement. Comme toutes les cathédrales médiévales, Notre-Dame de Paris est une nef, un vaste navire dont la proue est la croix du maître-autel. C’est dans cette direction qu’elle guide nos regards, qu’elle oriente nos vies, qu’elle élève nos cœurs : Sursum corda ! Habemus ad Dominum, nous les tournons vers le Seigneur qui a donné sa vie sur cette croix pour notre salut. O Crux ave, spes unica, salut, ô Croix, notre unique espérance ! 

Notre époque est narcissique : l’homme postmoderne refuse une transcendance qui dépasse son moi étroit. La nouvelle liturgie, célébrée autour d’une table, n’aide pas à s’élever : tout est centré sur le prêtre et les fidèles, ils restent entre eux. 

On dit à juste titre que la liturgie est l’expression de la foi, elle aussi la manifestation d’une vie de foi : lex orandi, lex credendi, lex vivendi. Pour être rebâtie, Notre-Dame requiert de tous une véritable conversion : retourner à son divin Fils, se réorienter corps et âme, ad orientem, vers celui qui est la Lumière venue en ce monde. Alors jaillit la prière filiale du Salve Regina, « Montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles. O clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie. » 

Abbé Alain Lorans

Lire la suite Lire la suite

Comment reconstruire Notre-Dame de Paris ?  Voir?

Depuis le tragique embrasement de Notre-Dame de Paris, on ne parle plus que de sa reconstruction. C’est un noble projet. Ce sera un chantier grandiose. Mais c’est aussi le signe d’une grande ingénuité, voire d’une naïveté prétentieuse. 

Certes nous avons les matériaux nécessaires : les chênes pour la charpente dévastée par les flammes, les pierres pour les murs fragilisés par toute l’eau déversée. Certes les artisans français ne manquent pas de savoir-faire : charpentiers, maçons, maîtres verriers… Mais avons-nous la foi des bâtisseurs de cathédrale ? Car c’est bien elle qui permit aux artisans du Moyen Age d’élever cette prière de pierre, d’édifier cette oraison ogivale. Sans elle, nous pourrons restaurer matériellement, mais pas bâtir spirituellement. 

Notre-Dame de Paris a été construite pour la gloire de Dieu, pour l’honneur de la Très Sainte Vierge, et non pas pour une simple visite touristique, entre la tour Eiffel et la Joconde au Louvre. 

Là, nous voyons bien que nous ne pouvons la reconstruire, si elle ne nous a pas reconstruits intérieurement. Comme toutes les cathédrales médiévales, Notre-Dame de Paris est une nef, un vaste navire dont la proue est la croix du maître-autel. C’est dans cette direction qu’elle guide nos regards, qu’elle oriente nos vies, qu’elle élève nos cœurs : Sursum corda ! Habemus ad Dominum, nous les tournons vers le Seigneur qui a donné sa vie sur cette croix pour notre salut. O Crux ave, spes unica, salut, ô Croix, notre unique espérance ! 

Notre époque est narcissique : l’homme postmoderne refuse une transcendance qui dépasse son moi étroit. La nouvelle liturgie, célébrée autour d’une table, n’aide pas à s’élever : tout est centré sur le prêtre et les fidèles, ils restent entre eux. 

On dit à juste titre que la liturgie est l’expression de la foi, elle aussi la manifestation d’une vie de foi : lex orandi, lex credendi, lex vivendi. Pour être rebâtie, Notre-Dame requiert de tous une véritable conversion : retourner à son divin Fils, se réorienter corps et âme, ad orientem, vers celui qui est la Lumière venue en ce monde. Alors jaillit la prière filiale du Salve Regina, « Montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles. O clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie. » 

Abbé Alain Lorans

Fermer Fermer

(25/05/2019 08:41)

Le Vatican publie le montant des aumônes papales  Voir?

3,5 millions d’euros : c’est le montant de la facture que l’Aumônerie apostolique a réglée en 2018, afin de venir en aide aux personnes en état de détresse matérielle. Une information donnée par le Vatican afin d’éteindre une polémique apparue en mai 2019 entre l’exécutif italien et le Saint-Siège. 

Depuis le bienheureux Grégoire X (1271-1276) l’Aumônerie apostolique a l’habitude de venir en aide à ceux qui ne parviennent pas à se procurer les biens de première nécessité. Aujourd’hui, l’organisme que dirige le cardinal Konrad Krajewski répond aux diverses sollicitations que lui adressent pour la plupart des Romains : loyers impayés, factures de gaz ou d’électricité, notes de médecin... 

Pour financer ces œuvres de miséricorde corporelle, l’Aumônerie compte sur les dons et offrandes obtenus en échange de parchemins attestant de bénédictions apostoliques. 

Le montant des aumônes papales de 2018 a été rendu public par le site officiel Vatican News, sur fond de polémique. En effet, le 11 mai 2019, le cardinal Krajewski a rétabli de son propre chef l’électricité dans un immeuble où vivent plus de 400 personnes – pour la plupart des familles démunies qui squattent illégalement des bâtiments vétustes. Pour ce faire le cardinal n’a pas hésité à briser les scellés apposés par la police sur le compteur électrique quelques jours auparavant, rétablissant ainsi également l’eau chaude. 

Interpellé pour ce geste par le vice-président du conseil italien, Matteo Salvini, le prélat polonais a annoncé que l’Aumônerie apostolique paierait la facture impayée, soit un montant de 300 000 euros. Il s’est aussi déclaré prêt à payer l’amende à laquelle il s’expose. 

Matteo Salvini n’a pas hésité à épingler l’Aumônier apostolique en ces termes : « je ne commente pas les décisions des cardinaux, je dis seulement que si le Vatican veut aider tous les Italiens qui ne parviennent pas à payer l’électricité, le gaz ou l’eau, beaucoup de gens qui n’occupent pas illégalement des maisons ou des immeubles en seraient très heureux ». 

 

Lire la suite Lire la suite

Le Vatican publie le montant des aumônes papales  Voir?

3,5 millions d’euros : c’est le montant de la facture que l’Aumônerie apostolique a réglée en 2018, afin de venir en aide aux personnes en état de détresse matérielle. Une information donnée par le Vatican afin d’éteindre une polémique apparue en mai 2019 entre l’exécutif italien et le Saint-Siège. 

Depuis le bienheureux Grégoire X (1271-1276) l’Aumônerie apostolique a l’habitude de venir en aide à ceux qui ne parviennent pas à se procurer les biens de première nécessité. Aujourd’hui, l’organisme que dirige le cardinal Konrad Krajewski répond aux diverses sollicitations que lui adressent pour la plupart des Romains : loyers impayés, factures de gaz ou d’électricité, notes de médecin... 

Pour financer ces œuvres de miséricorde corporelle, l’Aumônerie compte sur les dons et offrandes obtenus en échange de parchemins attestant de bénédictions apostoliques. 

Le montant des aumônes papales de 2018 a été rendu public par le site officiel Vatican News, sur fond de polémique. En effet, le 11 mai 2019, le cardinal Krajewski a rétabli de son propre chef l’électricité dans un immeuble où vivent plus de 400 personnes – pour la plupart des familles démunies qui squattent illégalement des bâtiments vétustes. Pour ce faire le cardinal n’a pas hésité à briser les scellés apposés par la police sur le compteur électrique quelques jours auparavant, rétablissant ainsi également l’eau chaude. 

Interpellé pour ce geste par le vice-président du conseil italien, Matteo Salvini, le prélat polonais a annoncé que l’Aumônerie apostolique paierait la facture impayée, soit un montant de 300 000 euros. Il s’est aussi déclaré prêt à payer l’amende à laquelle il s’expose. 

Matteo Salvini n’a pas hésité à épingler l’Aumônier apostolique en ces termes : « je ne commente pas les décisions des cardinaux, je dis seulement que si le Vatican veut aider tous les Italiens qui ne parviennent pas à payer l’électricité, le gaz ou l’eau, beaucoup de gens qui n’occupent pas illégalement des maisons ou des immeubles en seraient très heureux ». 

 

Fermer Fermer

(25/05/2019 07:46)

Les valeurs nouvelles d’un monde globalisé  Voir?

Une enquête menée à grande échelle dans vingt-sept pays différents montre qu’une majorité de sondés souhaite que la religion - au sens large - ait un rôle accru dans la société. Pour autant, la sécularisation et les nouvelles valeurs qu’elle véhicule, sont loin d’être remises en cause. 

Les résultats de l’étude menée par le Pew Research Center ont été mis en ligne le 22 avril 2019. L’institut a posé trois questions à 30 000 personnes de 27 pays différents avec un échantillon représentatif d’au moins 1 000 sondés dans chaque pays. Parmi les questions posées : la religion joue-t-elle un rôle plus ou moins important que par le passé ? 

Premier constat : en Europe et en Amérique du Nord, une majorité de sondés pensent que la place de la religion a tendance à diminuer dans la société. 

Sauf en France, où la question divise, avec 39% considérant que le rôle de la religion est croissant, contre 38% d’avis contraires : l’étude ne faisant aucune distinction entre les différentes religions, on peut penser que la place grandissante de l’islam dans l’espace public français explique ce résultat. 

La majorité des 30 000 personnes interrogées souhaitent que la religion ait un rôle accru dans leur pays : 4 personnes sur dix se disent favorables à cette transformation, contre une sur 10 qui s’oppose à un rôle plus important de la religion. 

A noter la position française - partagée par la Suède et l’Allemagne - pays dans lesquels se dégage une majorité favorable à un accroissement de la place de la religion dans la société : là encore, la problématique de l’islam et de sa perception dans la société semblent influer sur les réponses. 

58% des personnes sondées remarquent que les liens familiaux se sont relâchés dans la société, et que les questions relatives à « l’égalité des genres » et la « diversité » - comprenons le métissage des sociétés - ont à l’inverse beaucoup progressé. 

Sans surprise, les thèmes de « l’égalité des genres » et de la « diversité » ont la faveur des pays les plus riches - Amérique du Nord et Europe de l’Ouest - tandis que l’Europe centrale et la Russie manifestent plus de résistance. 

Une fois de plus se vérifient les effets du déclin de l’Eglise au sein des sociétés, qui s’est accéléré dans la période post-conciliaire. L’aspiration religieuse - propre à l’homme - n’est pas évacuée, mais davantage individualisée et relativisée, là où elle n’est pas remplacée par de nouveaux messianismes : sectes évangéliques ou islam. 

Dans un même mouvement, les conséquences de la sécularisation - révolution sexuelle et ses succédanés - se sont substituées en Occident à une morale catholique largement battue en brèche, souvent même par des membres de la hiérarchie. 

Le vieil Aristote ne radotait pas lorsqu’il répétait, à qui voulait l’entendre, que « la nature a toujours horreur du vide ».

Lire la suite Lire la suite

Les valeurs nouvelles d’un monde globalisé  Voir?

Une enquête menée à grande échelle dans vingt-sept pays différents montre qu’une majorité de sondés souhaite que la religion - au sens large - ait un rôle accru dans la société. Pour autant, la sécularisation et les nouvelles valeurs qu’elle véhicule, sont loin d’être remises en cause. 

Les résultats de l’étude menée par le Pew Research Center ont été mis en ligne le 22 avril 2019. L’institut a posé trois questions à 30 000 personnes de 27 pays différents avec un échantillon représentatif d’au moins 1 000 sondés dans chaque pays. Parmi les questions posées : la religion joue-t-elle un rôle plus ou moins important que par le passé ? 

Premier constat : en Europe et en Amérique du Nord, une majorité de sondés pensent que la place de la religion a tendance à diminuer dans la société. 

Sauf en France, où la question divise, avec 39% considérant que le rôle de la religion est croissant, contre 38% d’avis contraires : l’étude ne faisant aucune distinction entre les différentes religions, on peut penser que la place grandissante de l’islam dans l’espace public français explique ce résultat. 

La majorité des 30 000 personnes interrogées souhaitent que la religion ait un rôle accru dans leur pays : 4 personnes sur dix se disent favorables à cette transformation, contre une sur 10 qui s’oppose à un rôle plus important de la religion. 

A noter la position française - partagée par la Suède et l’Allemagne - pays dans lesquels se dégage une majorité favorable à un accroissement de la place de la religion dans la société : là encore, la problématique de l’islam et de sa perception dans la société semblent influer sur les réponses. 

58% des personnes sondées remarquent que les liens familiaux se sont relâchés dans la société, et que les questions relatives à « l’égalité des genres » et la « diversité » - comprenons le métissage des sociétés - ont à l’inverse beaucoup progressé. 

Sans surprise, les thèmes de « l’égalité des genres » et de la « diversité » ont la faveur des pays les plus riches - Amérique du Nord et Europe de l’Ouest - tandis que l’Europe centrale et la Russie manifestent plus de résistance. 

Une fois de plus se vérifient les effets du déclin de l’Eglise au sein des sociétés, qui s’est accéléré dans la période post-conciliaire. L’aspiration religieuse - propre à l’homme - n’est pas évacuée, mais davantage individualisée et relativisée, là où elle n’est pas remplacée par de nouveaux messianismes : sectes évangéliques ou islam. 

Dans un même mouvement, les conséquences de la sécularisation - révolution sexuelle et ses succédanés - se sont substituées en Occident à une morale catholique largement battue en brèche, souvent même par des membres de la hiérarchie. 

Le vieil Aristote ne radotait pas lorsqu’il répétait, à qui voulait l’entendre, que « la nature a toujours horreur du vide ».

Fermer Fermer

(25/05/2019 06:25)

Eve et Marie  Voir?

Saint Paul, en exposant le plan de Dieu dans notre rachat, avait expliqué comment la désobéissance du premier Adam nous avait tous perdus, et comment l’obéissance du nouvel Adam nous sauva tous (Ro. 5, 12–21). Mais à côté du premier Adam, il y avait Eve, qui avait été l’instigatrice de la faute de son mari. A côté du nouvel Adam, ne devait-il pas y avoir une nouvelle Eve, jouant un rôle analogue dans notre salut ?

En effet, déjà Saint Justin, au milieu du 2e siècle, oppose à Eve incrédule et insoumise, qui enfante la désobéissance et la mort, Marie, croyante et obéissante, Mère de celui qui délivre de la mort et du péché. Vers la fin de ce même siècle, Saint Irénée analyse l’action de Marie dans notre salut, et la formule avec une force qui n’a guère été surpassée : « Comme Eve fut, par sa désobéissance, pour elle-même et pour tout le genre humain, une cause de mort, ainsi Marie fut, par son obéissance, pour elle-même et pour tout le genre humain, une cause de salut (…) Ce que la vierge Eve avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie le délia par sa foi (…) De même que le genre humain a été voué à la mort par une vierge, c’est par une Vierge qu’il est sauvé. » (Contre les hérésies, III, 22, 4)

Ce parallèle entre Eve et Marie sera reproduit par les principaux Pères de l’Eglise. « La mort par Eve, la vie par Marie », écrit Saint Jérôme. Saint Augustin explique : « C’est par une femme que le poison a été versé à l’homme ; c’est par une femme que le salut lui est offert ». L’antithèse Eve-Marie devint populaire. Elle se trouve mentionnée dans un jeu de mots d’une prière bien connue qui remonte au moins au IXe siècle, l’Ave maris stella :

   Sumens illud AVE

   Gabrielis ore,

   Funda nos in pace

   Mutans EVAe nomen.

   Marie change le nom d'Eva en Ave.

Voilà les premiers pas d’une longe épopée théologique, spirituelle et mystique, qui a comme but de mettre en lumière le rôle de Marie dans l’œuvre de notre Rédemption.

Le Pape Pie XII résume ce rôle dans son encyclique Mystici Corporis Christi : « Ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, le présenta sur le Golgotha au Père éternel, en y joignant l’holocauste de ses droits et de son amour de Mère, comme une nouvelle Eve, pour tous les fils d’Adam qui portent la souillure du péché originel. Ainsi celle, qui, corporellement, était la Mère de notre Chef, devint spirituellement la Mère de tous ses membres… »

Lire la suite Lire la suite

Eve et Marie  Voir?

Saint Paul, en exposant le plan de Dieu dans notre rachat, avait expliqué comment la désobéissance du premier Adam nous avait tous perdus, et comment l’obéissance du nouvel Adam nous sauva tous (Ro. 5, 12–21). Mais à côté du premier Adam, il y avait Eve, qui avait été l’instigatrice de la faute de son mari. A côté du nouvel Adam, ne devait-il pas y avoir une nouvelle Eve, jouant un rôle analogue dans notre salut ?

En effet, déjà Saint Justin, au milieu du 2e siècle, oppose à Eve incrédule et insoumise, qui enfante la désobéissance et la mort, Marie, croyante et obéissante, Mère de celui qui délivre de la mort et du péché. Vers la fin de ce même siècle, Saint Irénée analyse l’action de Marie dans notre salut, et la formule avec une force qui n’a guère été surpassée : « Comme Eve fut, par sa désobéissance, pour elle-même et pour tout le genre humain, une cause de mort, ainsi Marie fut, par son obéissance, pour elle-même et pour tout le genre humain, une cause de salut (…) Ce que la vierge Eve avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie le délia par sa foi (…) De même que le genre humain a été voué à la mort par une vierge, c’est par une Vierge qu’il est sauvé. » (Contre les hérésies, III, 22, 4)

Ce parallèle entre Eve et Marie sera reproduit par les principaux Pères de l’Eglise. « La mort par Eve, la vie par Marie », écrit Saint Jérôme. Saint Augustin explique : « C’est par une femme que le poison a été versé à l’homme ; c’est par une femme que le salut lui est offert ». L’antithèse Eve-Marie devint populaire. Elle se trouve mentionnée dans un jeu de mots d’une prière bien connue qui remonte au moins au IXe siècle, l’Ave maris stella :

   Sumens illud AVE

   Gabrielis ore,

   Funda nos in pace

   Mutans EVAe nomen.

   Marie change le nom d'Eva en Ave.

Voilà les premiers pas d’une longe épopée théologique, spirituelle et mystique, qui a comme but de mettre en lumière le rôle de Marie dans l’œuvre de notre Rédemption.

Le Pape Pie XII résume ce rôle dans son encyclique Mystici Corporis Christi : « Ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, le présenta sur le Golgotha au Père éternel, en y joignant l’holocauste de ses droits et de son amour de Mère, comme une nouvelle Eve, pour tous les fils d’Adam qui portent la souillure du péché originel. Ainsi celle, qui, corporellement, était la Mère de notre Chef, devint spirituellement la Mère de tous ses membres… »

Fermer Fermer

(25/05/2019 01:17)

Le signe de la croix  Voir?

Toute société possède ordinairement un signe distinctif auquel on reconnaît ses membres. L’étendard sous lequel se rangent les soldats du Christ, c’est la Croix : « Vexílla regis pródeunt, fulget Crucis mystérium, les étendards du Roi s’avancent, le mystère de la Croix resplendit ». Notre signe, c’est le signe de la croix. 

Le catéchisme de la doctrine chrétienne, publié en 1912 par ordre du pape saint Pie X, nous enseigne que dans le signe de la croix nous exprimons par les paroles : l’Unité et la Trinité de Dieu, et par la forme de la croix : la Passion et la Mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il est très utile de faire le signe de la croix, souvent et avec dévotion, parce que c’est un acte extérieur de foi qui ravive en nous cette vertu, triomphe du respect humain et des tentations, et nous obtient des grâces de Dieu. Il est toujours bon de faire le signe de la croix, mais spécialement avant et après tout acte religieux, avant et après les repas et le sommeil, et dans les dangers de l’âme et du corps, est-il ajouté.

Beaucoup ignorent ce qu’est le signe de la croix, son caractère, son origine, sa signification, sa composition. On le fait souvent par simple habitude, sans avoir l’idée de la beauté et de la dignité de ce signe sacré.

C’est pourquoi l’abbé Léon Roger, chapelain de la basilique Notre-Dame des Victoires de Paris, au début du XX e siècle, a consacré dans son Manuel de piété et de liturgie à l’usage des enfants de chœur et des enfants du patronage, un chapitre sur le signe de la croix que les éditions Parthénon viennent de publier à part.

Dans une première partie, l’auteur, après avoir rappelé l’origine historique du signe de croix, l’étudie dans ses éléments, paroles et geste extérieur, et expose sa signification dogmatique et morale. La deuxième partie, montre l’usage que l’Eglise en fait dans sa liturgie, dans le Missel, le Rituel, le Pontifical, le Bréviaire. Enfin la dernière partie fait ressortir sa puissance, ses effets dans les âmes, les fruits salutaires qu’il peut produire, les miracles même qu’il est capable d’opérer.

Cet ouvrage fera aimer davantage le signe de la croix et inspirera la pensée de le tracer avec plus de respect, de le répéter plus souvent et ainsi d’en retirer les fruits si précieux qui y sont attachés.

Le saint Curé d’Ars expliquait : « Il faut faire le signe de la croix avec un grand respect. On commence par la tête : c’est le chef, la création, le Père ; ensuite le cœur : l’amour, la vie, la Rédemption, le Fils ; les épaules : la force, le Saint-Esprit. Tout nous rappelle la croix. Nous-mêmes nous sommes faits en forme de croix ».

Léon Roger, Le signe de la croix, éditions Parthénon, 102 pages - 11 x 17,8 cm – 10 € - editions-parthenon.com – Chemin des Buttes Blanches – 91410 Dourdan

 

Lire la suite Lire la suite

Le signe de la croix  Voir?

Toute société possède ordinairement un signe distinctif auquel on reconnaît ses membres. L’étendard sous lequel se rangent les soldats du Christ, c’est la Croix : « Vexílla regis pródeunt, fulget Crucis mystérium, les étendards du Roi s’avancent, le mystère de la Croix resplendit ». Notre signe, c’est le signe de la croix. 

Le catéchisme de la doctrine chrétienne, publié en 1912 par ordre du pape saint Pie X, nous enseigne que dans le signe de la croix nous exprimons par les paroles : l’Unité et la Trinité de Dieu, et par la forme de la croix : la Passion et la Mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il est très utile de faire le signe de la croix, souvent et avec dévotion, parce que c’est un acte extérieur de foi qui ravive en nous cette vertu, triomphe du respect humain et des tentations, et nous obtient des grâces de Dieu. Il est toujours bon de faire le signe de la croix, mais spécialement avant et après tout acte religieux, avant et après les repas et le sommeil, et dans les dangers de l’âme et du corps, est-il ajouté.

Beaucoup ignorent ce qu’est le signe de la croix, son caractère, son origine, sa signification, sa composition. On le fait souvent par simple habitude, sans avoir l’idée de la beauté et de la dignité de ce signe sacré.

C’est pourquoi l’abbé Léon Roger, chapelain de la basilique Notre-Dame des Victoires de Paris, au début du XX e siècle, a consacré dans son Manuel de piété et de liturgie à l’usage des enfants de chœur et des enfants du patronage, un chapitre sur le signe de la croix que les éditions Parthénon viennent de publier à part.

Dans une première partie, l’auteur, après avoir rappelé l’origine historique du signe de croix, l’étudie dans ses éléments, paroles et geste extérieur, et expose sa signification dogmatique et morale. La deuxième partie, montre l’usage que l’Eglise en fait dans sa liturgie, dans le Missel, le Rituel, le Pontifical, le Bréviaire. Enfin la dernière partie fait ressortir sa puissance, ses effets dans les âmes, les fruits salutaires qu’il peut produire, les miracles même qu’il est capable d’opérer.

Cet ouvrage fera aimer davantage le signe de la croix et inspirera la pensée de le tracer avec plus de respect, de le répéter plus souvent et ainsi d’en retirer les fruits si précieux qui y sont attachés.

Le saint Curé d’Ars expliquait : « Il faut faire le signe de la croix avec un grand respect. On commence par la tête : c’est le chef, la création, le Père ; ensuite le cœur : l’amour, la vie, la Rédemption, le Fils ; les épaules : la force, le Saint-Esprit. Tout nous rappelle la croix. Nous-mêmes nous sommes faits en forme de croix ».

Léon Roger, Le signe de la croix, éditions Parthénon, 102 pages - 11 x 17,8 cm – 10 € - editions-parthenon.com – Chemin des Buttes Blanches – 91410 Dourdan

 

Fermer Fermer

(24/05/2019 09:09)

Vincent Lambert et l’euthanasie : réactions de la classe politique  Voir?

Les dernières péripéties de cette histoire si douloureuse ont provoqué des réactions dans le milieu politique. La manière dont la question est abordée et le vocabulaire employé sont symptomatiques et méritent une analyse. 

Benoît Hamon (Génération.s) : « Quand il y a un acharnement à maintenir une vie qui n’en est plus une, il y a quelque chose d’assez dur, de terrible à imaginer de persévérer, persévérer comme cela ; et la décision du Conseil d’Etat me semble aller dans le bon sens ». Il ajoute : « Je comprends qu’aujourd’hui, des Françaises et des Français n’aient pas envie de vivre avec une forme de prison, qui est celle d’un corps qui ne répond plus au cerveau ». Soulignons les termes d’acharnement et de prison. L’on aimerait savoir en quoi donner à manger et à boire est une sorte d’acharnement. Quant au corps qui ne répond plus au cerveau, c’est médicalement faux. 

Raphaël Glucksmann (Parti socialiste et Place publique) botte maladroitement en touche : « Si le corps médical est unanime, si la justice décide que le corps médical a raison, eh bien il faut suivre la justice ! ». Mais précisément, il n’y a pas unanimité du corps médical, puisque plusieurs services ont proposé de recevoir Vincent Lambert pour continuer les soins infirmiers et l’alimentation. Quant à la justice, elle a outrepassé ses droits, car la loi Léonetti – qui, par ailleurs, est injuste et n’est donc pas une loi, mais c’est une autre question – ne s’applique pas en l’espèce. 

Manon Aubry (La France Insoumise) affirme quant à elle : « D’un point de vue juridique, il y a eu différentes décisions, de la part du Conseil d’État, de la Cour européenne des droits de l’homme, qui disent la même chose : il ne faut pas d’acharnement thérapeutique ». Nous voyons une fois de plus comment les partisans de l’euthanasie usent de ce terme. Pour qu’il y ait acharnement thérapeutique, il faudrait qu’il y ait un traitement, car le boire et le manger ne constituent pas un traitement. 

Yannick Jadot (Europe Ecologie) : « En Belgique, c’est d’abord la compagne qui décide, il devrait en être de même en France. Si l’épouse de Vincent Lambert demande que son mari ne soit plus nourri, c’est son droit ». C’est toujours la même confusion entretenue entre nutrition et traitement. L’exemple de la Belgique est parlant : c’est le pays qui possède la législation la plus radicale concernant l’euthanasie ; elle devance même les Pays-Bas en cette matière. 

Euthanasie, acharnement thérapeutique et obstination déraisonnable 

François-Xavier Bellamy (Les Républicains) estime que « derrière Vincent Lambert, c’est la question de notre rapport à l’extrême dépendance qui se joue ». « Nous vivons dans un monde du culte de la performance, ajoute-t-il, où être humain c’est être habile, agile, rapide. Et nous avons ici le cœur d’une figure de l’humanité qui nous regarde en nous disant qu’elle est absolument dépendante. Et nous avons parfois la tentation de considérer que la vie absolument dépendante est une vie qui n’est plus digne d’être vécue. Il n’y a pas de vie indigne d’être vécue ». Cette réflexion d’ordre éthique – « c’est une affaire qui suppose que notre raison à tous intervienne » – a une valeur certaine. Mais ajouter que « ce n’est pas une affaire sur laquelle on devrait s’exprimer à partir de convictions religieuses », est un rejet très net de la souveraineté de Dieu sur toutes choses. 

Marine Le Pen (Rassemblement National) vise juste en pointant que : « Au-delà de Vincent Lambert, le questionnement est sur l’euthanasie. » 

Marion Maréchal s’est également saisie du sujet, qualifiant l’arrêt des soins d’« euthanasie ». « Je vois dans l’instrumentalisation du cas de Vincent Lambert le souhait d’élargir l’application de la loi actuelle voire de préparer les esprits à une nouvelle loi sur l’euthanasie », a-t-elle estimé. 

Emmanuel Macron, sollicité pour se prononcer, a répondu sur Twitter : « Sur cette question, qui touche à la part intime de chacun, il n’y a aucune réponse simple ou univoque. Seulement des incertitudes et des déchirements (…) et la volonté de respecter la dignité de toute vie humaine. Comme Président de la République, il ne m’appartient pas de suspendre une décision qui relève de l'appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois. Toutes les expertises médicales ont conclu au caractère irréversible de son état. La décision d'arrêter les soins a été prise au terme d'un dialogue permanent entre ses médecins et sa femme, qui est sa tutrice légale. Elle l’a été, en application de notre législation qui permet de suspendre les soins en cas d'obstination déraisonnable – ce qui, selon les différentes équipes médicales, est le cas de Vincent Lambert. » 

La loi Léonetti avait déjà ouvert la porte aux dérives  

L’obstination déraisonnable a remplacé l’acharnement thérapeutique dans ce discours. C’est d’ailleurs le terme employé par la loi Léonetti : « Les actes mentionnés à l'article L. 1110-5 [prévention, investigation ou traitement] ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. » Pour être moins agressive, l’expression n’en est pas moins redoutable. 

La suite de l’article permet de comprendre le venin contenu dans cette loi : « Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire. – La nutrition et l'hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article. » (Article L1110-5-1 du Code de la santé publique) 

En introduisant « le seul maintien artificiel de la vie » sans aucune circonstance, on ouvre la porte à des interprétations franchement euthanasiques. De même, les termes de « nutrition et hydratation artificielles » ne sont pas définis, et l’on peut allègrement identifier une perfusion ou une nutrition parentérale (système sophistiqué de nutrition par voie intraveineuse) avec une simple sonde gastrique. C’est une porte ouverte vers l’euthanasie qui menace encore Vincent Lambert, et tous ceux qui sont dans son état. 

Des textes volontairement flous et ambigus  

Il est intéressant de noter la triple interprétation donnée à ce texte : 

1) Celle du Docteur Vincent Morel, un médecin spécialiste des soins palliatifs qui estime que la cacophonie dans l’affaire Vincent Lambert « n’est pas liée à un manque de clarté des textes ». « La loi de 2016 sur la fin de vie donne des critères clairs : l’inutilité des traitements, leur disproportion et le seul maintien artificiel de la vie ». Tel n’est pas l’avis des deux interprétations suivantes : 

2) Celle de Marie de Hennezel, psychologue clinicienne et également spécialiste des soins palliatifs : « Vincent Lambert est un grand handicapé. (…) De plus, il compte pour ses parents. On ne peut pas l’ignorer. (…) À l’hôpital maritime de Berck, on prend soin de personnes dans des situations comparables. Il n’est pas dans une situation d’acharnement thérapeutique. Si on considère que c’est le cas, on entre dans un autre débat, qui n’a pas encore eu lieu, sur les soins à apporter aux personnes en état végétatif chronique ou pauci-relationnel. » 

3) Celle du professeur de médecine Jean-Louis Touraine, également député LREM (La République en marche). Comme les autres défenseurs d’un « droit à mourir dans la dignité », il reconnaît que « les textes sont très imprécis. Si l’obstination déraisonnable était clairement définie dans la loi, cet effrayant spectacle d’un affrontement de deux camps autour de Vincent Lambert n’existerait pas ». Le député Jean-Louis Touraine, fervent partisan d’une loi sur l’euthanasie, préconise une nouvelle réglementation : « Il serait possible de préciser que les états végétatifs extrêmement profonds représentent une obstination déraisonnable, estime-t-il. Le sens de la dignité de l’homme est quand même un minimum d’activité cérébrale. » 

Mais le professeur de médecine Touraine ne peut ignorer que l’électroencéphalographie de Vincent Lambert présente une nette activité cérébrale, et l’expression « état végétatif extrêmement profond » est tout sauf claire. Il ne peut non plus ignorer les progrès récents sur la classification et l’explication des états de conscience dits “minimaux”.  

Notamment, la publication de résultats de travaux scientifiques - dérangeants - réalisés à partir de nouvelles techniques d’imagerie cérébrale fonctionnelle qui tendent à établir l’existence d’un certain degré de conscience chez des malades diagnostiqués en Etat végétatif chronique (EVC) ou en Etat pauci-relationnel (EPR). Ces résultats ont bousculé les certitudes jusqu’alors professées. 

Ils témoignent d’une nouvelle évidence : au-delà des approximations diagnostiques, « l’absence de preuve de conscience ne signifie pas l’absence de conscience ». 

Lire la suite Lire la suite

Vincent Lambert et l’euthanasie : réactions de la classe politique  Voir?

Les dernières péripéties de cette histoire si douloureuse ont provoqué des réactions dans le milieu politique. La manière dont la question est abordée et le vocabulaire employé sont symptomatiques et méritent une analyse. 

Benoît Hamon (Génération.s) : « Quand il y a un acharnement à maintenir une vie qui n’en est plus une, il y a quelque chose d’assez dur, de terrible à imaginer de persévérer, persévérer comme cela ; et la décision du Conseil d’Etat me semble aller dans le bon sens ». Il ajoute : « Je comprends qu’aujourd’hui, des Françaises et des Français n’aient pas envie de vivre avec une forme de prison, qui est celle d’un corps qui ne répond plus au cerveau ». Soulignons les termes d’acharnement et de prison. L’on aimerait savoir en quoi donner à manger et à boire est une sorte d’acharnement. Quant au corps qui ne répond plus au cerveau, c’est médicalement faux. 

Raphaël Glucksmann (Parti socialiste et Place publique) botte maladroitement en touche : « Si le corps médical est unanime, si la justice décide que le corps médical a raison, eh bien il faut suivre la justice ! ». Mais précisément, il n’y a pas unanimité du corps médical, puisque plusieurs services ont proposé de recevoir Vincent Lambert pour continuer les soins infirmiers et l’alimentation. Quant à la justice, elle a outrepassé ses droits, car la loi Léonetti – qui, par ailleurs, est injuste et n’est donc pas une loi, mais c’est une autre question – ne s’applique pas en l’espèce. 

Manon Aubry (La France Insoumise) affirme quant à elle : « D’un point de vue juridique, il y a eu différentes décisions, de la part du Conseil d’État, de la Cour européenne des droits de l’homme, qui disent la même chose : il ne faut pas d’acharnement thérapeutique ». Nous voyons une fois de plus comment les partisans de l’euthanasie usent de ce terme. Pour qu’il y ait acharnement thérapeutique, il faudrait qu’il y ait un traitement, car le boire et le manger ne constituent pas un traitement. 

Yannick Jadot (Europe Ecologie) : « En Belgique, c’est d’abord la compagne qui décide, il devrait en être de même en France. Si l’épouse de Vincent Lambert demande que son mari ne soit plus nourri, c’est son droit ». C’est toujours la même confusion entretenue entre nutrition et traitement. L’exemple de la Belgique est parlant : c’est le pays qui possède la législation la plus radicale concernant l’euthanasie ; elle devance même les Pays-Bas en cette matière. 

Euthanasie, acharnement thérapeutique et obstination déraisonnable 

François-Xavier Bellamy (Les Républicains) estime que « derrière Vincent Lambert, c’est la question de notre rapport à l’extrême dépendance qui se joue ». « Nous vivons dans un monde du culte de la performance, ajoute-t-il, où être humain c’est être habile, agile, rapide. Et nous avons ici le cœur d’une figure de l’humanité qui nous regarde en nous disant qu’elle est absolument dépendante. Et nous avons parfois la tentation de considérer que la vie absolument dépendante est une vie qui n’est plus digne d’être vécue. Il n’y a pas de vie indigne d’être vécue ». Cette réflexion d’ordre éthique – « c’est une affaire qui suppose que notre raison à tous intervienne » – a une valeur certaine. Mais ajouter que « ce n’est pas une affaire sur laquelle on devrait s’exprimer à partir de convictions religieuses », est un rejet très net de la souveraineté de Dieu sur toutes choses. 

Marine Le Pen (Rassemblement National) vise juste en pointant que : « Au-delà de Vincent Lambert, le questionnement est sur l’euthanasie. » 

Marion Maréchal s’est également saisie du sujet, qualifiant l’arrêt des soins d’« euthanasie ». « Je vois dans l’instrumentalisation du cas de Vincent Lambert le souhait d’élargir l’application de la loi actuelle voire de préparer les esprits à une nouvelle loi sur l’euthanasie », a-t-elle estimé. 

Emmanuel Macron, sollicité pour se prononcer, a répondu sur Twitter : « Sur cette question, qui touche à la part intime de chacun, il n’y a aucune réponse simple ou univoque. Seulement des incertitudes et des déchirements (…) et la volonté de respecter la dignité de toute vie humaine. Comme Président de la République, il ne m’appartient pas de suspendre une décision qui relève de l'appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois. Toutes les expertises médicales ont conclu au caractère irréversible de son état. La décision d'arrêter les soins a été prise au terme d'un dialogue permanent entre ses médecins et sa femme, qui est sa tutrice légale. Elle l’a été, en application de notre législation qui permet de suspendre les soins en cas d'obstination déraisonnable – ce qui, selon les différentes équipes médicales, est le cas de Vincent Lambert. » 

La loi Léonetti avait déjà ouvert la porte aux dérives  

L’obstination déraisonnable a remplacé l’acharnement thérapeutique dans ce discours. C’est d’ailleurs le terme employé par la loi Léonetti : « Les actes mentionnés à l'article L. 1110-5 [prévention, investigation ou traitement] ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. » Pour être moins agressive, l’expression n’en est pas moins redoutable. 

La suite de l’article permet de comprendre le venin contenu dans cette loi : « Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire. – La nutrition et l'hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article. » (Article L1110-5-1 du Code de la santé publique) 

En introduisant « le seul maintien artificiel de la vie » sans aucune circonstance, on ouvre la porte à des interprétations franchement euthanasiques. De même, les termes de « nutrition et hydratation artificielles » ne sont pas définis, et l’on peut allègrement identifier une perfusion ou une nutrition parentérale (système sophistiqué de nutrition par voie intraveineuse) avec une simple sonde gastrique. C’est une porte ouverte vers l’euthanasie qui menace encore Vincent Lambert, et tous ceux qui sont dans son état. 

Des textes volontairement flous et ambigus  

Il est intéressant de noter la triple interprétation donnée à ce texte : 

1) Celle du Docteur Vincent Morel, un médecin spécialiste des soins palliatifs qui estime que la cacophonie dans l’affaire Vincent Lambert « n’est pas liée à un manque de clarté des textes ». « La loi de 2016 sur la fin de vie donne des critères clairs : l’inutilité des traitements, leur disproportion et le seul maintien artificiel de la vie ». Tel n’est pas l’avis des deux interprétations suivantes : 

2) Celle de Marie de Hennezel, psychologue clinicienne et également spécialiste des soins palliatifs : « Vincent Lambert est un grand handicapé. (…) De plus, il compte pour ses parents. On ne peut pas l’ignorer. (…) À l’hôpital maritime de Berck, on prend soin de personnes dans des situations comparables. Il n’est pas dans une situation d’acharnement thérapeutique. Si on considère que c’est le cas, on entre dans un autre débat, qui n’a pas encore eu lieu, sur les soins à apporter aux personnes en état végétatif chronique ou pauci-relationnel. » 

3) Celle du professeur de médecine Jean-Louis Touraine, également député LREM (La République en marche). Comme les autres défenseurs d’un « droit à mourir dans la dignité », il reconnaît que « les textes sont très imprécis. Si l’obstination déraisonnable était clairement définie dans la loi, cet effrayant spectacle d’un affrontement de deux camps autour de Vincent Lambert n’existerait pas ». Le député Jean-Louis Touraine, fervent partisan d’une loi sur l’euthanasie, préconise une nouvelle réglementation : « Il serait possible de préciser que les états végétatifs extrêmement profonds représentent une obstination déraisonnable, estime-t-il. Le sens de la dignité de l’homme est quand même un minimum d’activité cérébrale. » 

Mais le professeur de médecine Touraine ne peut ignorer que l’électroencéphalographie de Vincent Lambert présente une nette activité cérébrale, et l’expression « état végétatif extrêmement profond » est tout sauf claire. Il ne peut non plus ignorer les progrès récents sur la classification et l’explication des états de conscience dits “minimaux”.  

Notamment, la publication de résultats de travaux scientifiques - dérangeants - réalisés à partir de nouvelles techniques d’imagerie cérébrale fonctionnelle qui tendent à établir l’existence d’un certain degré de conscience chez des malades diagnostiqués en Etat végétatif chronique (EVC) ou en Etat pauci-relationnel (EPR). Ces résultats ont bousculé les certitudes jusqu’alors professées. 

Ils témoignent d’une nouvelle évidence : au-delà des approximations diagnostiques, « l’absence de preuve de conscience ne signifie pas l’absence de conscience ». 

Fermer Fermer

(24/05/2019 07:50)

Le pape écrit aux évêques d’Italie : l’écho fidèle de la Tradition  Voir?

Dans une lettre apostolique adressée aux cardinaux, archevêques et évêques d’Italie, le pape s’exprime dans le plus pur langage de la Tradition de l’Eglise en pointant deux erreurs répandues parmi le peuple chrétien. Il s’agit de deux maux à fermement réprouver.

Première erreur : l’oubli de l’unité catholique 

C’est « une très grave erreur » qu’il convient de mentionner et condamner, écrit le souverain pontife. Une erreur « qui égare certains catholiques qui croient qu’il est possible d’obtenir la vie éternelle en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi et de l’unité catholique. Cela est péremptoirement contraire à la doctrine catholique ». 

Il en va du salut de l’âme. Pédagogue, le vicaire du Christ explique d’abord le cas de l’ignorance invincible, souvent invoqué et parfois déformé, qui doit bien s’entendre : « Il existe, bien sûr, ceux qui se trouvent dans une situation d’ignorance invincible concernant notre très sainte religion. Observant avec sincérité la loi naturelle et ses préceptes que Dieu inscrit sur tous les cœurs, prêts à obéir à Dieu, ils mènent une vie honnête et droite, et peuvent, avec l’aide de la lumière et de la grâce divine, acquérir la vie éternelle. Car Dieu voit parfaitement, il scrute, il connaît les esprits, les âmes, les pensées, les habitudes de tous, et dans sa bonté suprême et sa clémence il ne permet point qu’on souffre les châtiments éternels sans être coupable de quelque faute volontaire ». 

Si Dieu seul sonde les reins et les cœurs, cela ne saurait mettre à mal la nécessité d’appartenir à l’unique Eglise fondée par le Christ pour être sauvé, ni la nécessité de la foi divine et catholique pour croire au vrai Dieu et à la religion divinement révélée.  

Hors de l’Eglise point de salut 

C’est pourquoi le pape continue ainsi : « Mais nous connaissons parfaitement aussi ce dogme catholique : qu’en dehors de l’Eglise on ne peut se sauver, qu’il est impossible d’obtenir le salut éternel en se montrant rebelle à l’autorité et aux décisions de cette Eglise, en demeurant opiniâtrement séparé de son unité et du successeur de Pierre, le Pontife romain, à qui la garde de la vigne a été confiée par le Sauveur. 

« Car les paroles du Christ Notre-Seigneur sont parfaitement claires : “S’il n’écoute pas l’Eglise, regarde-le comme un païen et comme un publicain” (Mt 18, 17) ; “Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise ; et qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé” (Lc 10, 16) ; “Celui qui ne croira pas sera condamné” (Mc 16, 16) ; “Celui qui ne croit pas est déjà condamné” (Jn 3, 18) ; “Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi, disperse” (Lc 11, 23). Aussi l’apôtre Paul dit que ces hommes sont “corrompus et condamnés par leur propre jugement” (Tit. 3, 11) ; et le Prince des Apôtres assure qu’ils sont des “maîtres menteurs, qu’ils introduisent des sectes de perdition, qu’ils renient le Seigneur, et attirent sur eux une prompte ruine soudaine” (2 Pi. 2, 1) ». 

Cela n’a jamais voulu dire qu’il faille vivre en ennemi du genre humain ou adopter une conduite sectaire ou hostile à l’égard des autres hommes : « A Dieu ne plaise que les fils de l’Eglise catholique soient jamais les ennemis de ceux qui ne nous sont pas unis par les mêmes liens de la foi et de charité ; ils doivent au contraire s’empresser de leur rendre tous les services de la charité chrétienne, qu’ils soient pauvres, malades ou souffrant d’une quelconque affliction ; de les aider toujours, de travailler principalement à les tirer des ténèbres des erreurs où ils sont misérablement plongés ; à les ramener à la vérité catholique et à l’Eglise, cette mère pleine d’amour, qui ne cesse jamais de leur tendre affectueusement ses mains maternelles, de leur ouvrir les bras pour les établir et les affermir dans la foi, l’espérance et la charité, pour les faire fructifier en toutes sortes de bonnes œuvres et leur faire obtenir le salut éternel ». 

C’est donc à une attitude vraiment miséricordieuse et charitable que le pape convie tous les fils de l’Eglise pour être apôtres et missionnaires auprès des âmes infidèles, esclaves des sectes, des faux prophètes comme des schismes et des hérésies. 

Seconde erreur : l’accumulation des richesses 

La seconde erreur que le pape dénonce avec force dans sa lettre à l’épiscopat italien, c’est l’appât du lucre et des richesses d’ici-bas : « Nous ne pouvons rester silencieux devant une autre erreur pernicieuse, un mal qui, lamentablement, divise et trouble les esprits et les cœurs. Nous voulons parler de cet amour-propre, de cette ardeur effrénée et nuisible qui porte un trop grand nombre d’hommes à n’avoir en vue, à ne chercher que leurs intérêts et leurs avantages, sans avoir le moindre égard pour leur prochain. Nous voulons parler de ce désir insatiable de dominer et d’acquérir, qui les pousse à amasser des trésors avidement et par tous les moyens, au mépris même de toutes les règles de l’honnêteté et de la justice. Uniquement préoccupés des choses de la terre, oublieux de Dieu, de la religion et leur âme, ils mettent misérablement tout leur bonheur à acquérir de l’or et des richesses. Puissent-ils revenir à eux-mêmes et méditer sérieusement ces graves paroles du Christ : “Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il perd son âme ?” (Mt 16, 26). Qu’ils réfléchissent aussi à l’enseignement de Paul : “Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation et dans les filets du diable, dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. Car la cupidité est la racine de tous les maux ; et quelques-uns, en y cédant, se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments” (1 Tim. 6, 9-10) ». 

Non que la propriété ou la possession des biens ne soient légitimes. Le pape ne prêche pas le communisme, pas plus qu’il ne reprend l’idéologie de la lutte des classes ou de leur abolition. Il n’ignore pas la nature sociale et politique de l’homme. Mais l’oubli de Dieu engendre la loi de la jungle et du plus fort, sans parler de l’esclavage qu’engendrent fatalement les affections terrestres. Puissent ces sages paroles être entendues à l’heure de la société de consommation, du matérialisme effréné et de l’étalage de tous les vices. 

Justice et charité 

La solution préconisée par le pape n’est autre que la société honnête et vertueuse que viennent éclairer et tempérer la religion, la loi naturelle et les commandements de Dieu : « Les hommes doivent assurément, chacun selon sa condition propre et spéciale, travailler à se procurer les choses nécessaires à la vie, soit en cultivant les lettres et les sciences, soit en exerçant les arts libéraux ou professionnels, soit en remplissant des fonctions privées ou publiques, soit en se livrant au commerce ; mais il faut absolument qu’ils fassent tout avec honnêteté, avec justice, avec probité, avec charité ; qu’ils aient toujours Dieu devant les yeux, et qu’ils observent avec le plus grand soin ses commandements et ses préceptes ». 

Gardez l’espérance 

Face à ces maux, le pape se tourne vers les chefs du peuple chrétien, entendez les évêques députés à la garde du troupeau. Il affirme sa confiance en leur zèle épiscopal : « D’un seul cœur et d’un seul esprit, et avec un dévouement redoublé, puissiez-vous persister dans la défense de la Maison d’Israël, puissiez-vous combattre le bon combat pour la Foi et défendre les fidèles dont vous avez la garde contre les embûches de l’Ennemi. Exhortez-les à se tenir forts dans notre sainte Foi, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Pressez-les de se maintenir fermement établis dans notre divine religion, qui seule, est véridique et éternelle… et qui seule, conduit au Salut… et qui, dans une plus grande mesure, est seule en mesure de préserver et faire prospérer la société civile ». 

Admirable de force et d’esprit naturel, le successeur de Pierre est rempli d’espérance : « Au milieu de tant de calamités, au sein de la tempête violemment déchaînée contre l’Eglise, ne perdons jamais courage. Le Christ n’est-il pas notre conseil et notre force ? Sans Lui nous ne pouvons rien, mais par Lui nous pouvons tout. Car en affermissant les prédicateurs de l’Evangile et les ministres des sacrements, il dit : “Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde” (Mt 28, 20). » 

Puissent les vérités contenues dans cette lettre du pape Pie IX, donnée à Rome le 10 août 1863 et adressée aux cardinaux et évêques d’Italie, faire écho dans le ciel de la Rome éternelle !

Lire la suite Lire la suite

Le pape écrit aux évêques d’Italie : l’écho fidèle de la Tradition  Voir?

Dans une lettre apostolique adressée aux cardinaux, archevêques et évêques d’Italie, le pape s’exprime dans le plus pur langage de la Tradition de l’Eglise en pointant deux erreurs répandues parmi le peuple chrétien. Il s’agit de deux maux à fermement réprouver.

Première erreur : l’oubli de l’unité catholique 

C’est « une très grave erreur » qu’il convient de mentionner et condamner, écrit le souverain pontife. Une erreur « qui égare certains catholiques qui croient qu’il est possible d’obtenir la vie éternelle en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi et de l’unité catholique. Cela est péremptoirement contraire à la doctrine catholique ». 

Il en va du salut de l’âme. Pédagogue, le vicaire du Christ explique d’abord le cas de l’ignorance invincible, souvent invoqué et parfois déformé, qui doit bien s’entendre : « Il existe, bien sûr, ceux qui se trouvent dans une situation d’ignorance invincible concernant notre très sainte religion. Observant avec sincérité la loi naturelle et ses préceptes que Dieu inscrit sur tous les cœurs, prêts à obéir à Dieu, ils mènent une vie honnête et droite, et peuvent, avec l’aide de la lumière et de la grâce divine, acquérir la vie éternelle. Car Dieu voit parfaitement, il scrute, il connaît les esprits, les âmes, les pensées, les habitudes de tous, et dans sa bonté suprême et sa clémence il ne permet point qu’on souffre les châtiments éternels sans être coupable de quelque faute volontaire ». 

Si Dieu seul sonde les reins et les cœurs, cela ne saurait mettre à mal la nécessité d’appartenir à l’unique Eglise fondée par le Christ pour être sauvé, ni la nécessité de la foi divine et catholique pour croire au vrai Dieu et à la religion divinement révélée.  

Hors de l’Eglise point de salut 

C’est pourquoi le pape continue ainsi : « Mais nous connaissons parfaitement aussi ce dogme catholique : qu’en dehors de l’Eglise on ne peut se sauver, qu’il est impossible d’obtenir le salut éternel en se montrant rebelle à l’autorité et aux décisions de cette Eglise, en demeurant opiniâtrement séparé de son unité et du successeur de Pierre, le Pontife romain, à qui la garde de la vigne a été confiée par le Sauveur. 

« Car les paroles du Christ Notre-Seigneur sont parfaitement claires : “S’il n’écoute pas l’Eglise, regarde-le comme un païen et comme un publicain” (Mt 18, 17) ; “Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise ; et qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé” (Lc 10, 16) ; “Celui qui ne croira pas sera condamné” (Mc 16, 16) ; “Celui qui ne croit pas est déjà condamné” (Jn 3, 18) ; “Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi, disperse” (Lc 11, 23). Aussi l’apôtre Paul dit que ces hommes sont “corrompus et condamnés par leur propre jugement” (Tit. 3, 11) ; et le Prince des Apôtres assure qu’ils sont des “maîtres menteurs, qu’ils introduisent des sectes de perdition, qu’ils renient le Seigneur, et attirent sur eux une prompte ruine soudaine” (2 Pi. 2, 1) ». 

Cela n’a jamais voulu dire qu’il faille vivre en ennemi du genre humain ou adopter une conduite sectaire ou hostile à l’égard des autres hommes : « A Dieu ne plaise que les fils de l’Eglise catholique soient jamais les ennemis de ceux qui ne nous sont pas unis par les mêmes liens de la foi et de charité ; ils doivent au contraire s’empresser de leur rendre tous les services de la charité chrétienne, qu’ils soient pauvres, malades ou souffrant d’une quelconque affliction ; de les aider toujours, de travailler principalement à les tirer des ténèbres des erreurs où ils sont misérablement plongés ; à les ramener à la vérité catholique et à l’Eglise, cette mère pleine d’amour, qui ne cesse jamais de leur tendre affectueusement ses mains maternelles, de leur ouvrir les bras pour les établir et les affermir dans la foi, l’espérance et la charité, pour les faire fructifier en toutes sortes de bonnes œuvres et leur faire obtenir le salut éternel ». 

C’est donc à une attitude vraiment miséricordieuse et charitable que le pape convie tous les fils de l’Eglise pour être apôtres et missionnaires auprès des âmes infidèles, esclaves des sectes, des faux prophètes comme des schismes et des hérésies. 

Seconde erreur : l’accumulation des richesses 

La seconde erreur que le pape dénonce avec force dans sa lettre à l’épiscopat italien, c’est l’appât du lucre et des richesses d’ici-bas : « Nous ne pouvons rester silencieux devant une autre erreur pernicieuse, un mal qui, lamentablement, divise et trouble les esprits et les cœurs. Nous voulons parler de cet amour-propre, de cette ardeur effrénée et nuisible qui porte un trop grand nombre d’hommes à n’avoir en vue, à ne chercher que leurs intérêts et leurs avantages, sans avoir le moindre égard pour leur prochain. Nous voulons parler de ce désir insatiable de dominer et d’acquérir, qui les pousse à amasser des trésors avidement et par tous les moyens, au mépris même de toutes les règles de l’honnêteté et de la justice. Uniquement préoccupés des choses de la terre, oublieux de Dieu, de la religion et leur âme, ils mettent misérablement tout leur bonheur à acquérir de l’or et des richesses. Puissent-ils revenir à eux-mêmes et méditer sérieusement ces graves paroles du Christ : “Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il perd son âme ?” (Mt 16, 26). Qu’ils réfléchissent aussi à l’enseignement de Paul : “Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation et dans les filets du diable, dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. Car la cupidité est la racine de tous les maux ; et quelques-uns, en y cédant, se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments” (1 Tim. 6, 9-10) ». 

Non que la propriété ou la possession des biens ne soient légitimes. Le pape ne prêche pas le communisme, pas plus qu’il ne reprend l’idéologie de la lutte des classes ou de leur abolition. Il n’ignore pas la nature sociale et politique de l’homme. Mais l’oubli de Dieu engendre la loi de la jungle et du plus fort, sans parler de l’esclavage qu’engendrent fatalement les affections terrestres. Puissent ces sages paroles être entendues à l’heure de la société de consommation, du matérialisme effréné et de l’étalage de tous les vices. 

Justice et charité 

La solution préconisée par le pape n’est autre que la société honnête et vertueuse que viennent éclairer et tempérer la religion, la loi naturelle et les commandements de Dieu : « Les hommes doivent assurément, chacun selon sa condition propre et spéciale, travailler à se procurer les choses nécessaires à la vie, soit en cultivant les lettres et les sciences, soit en exerçant les arts libéraux ou professionnels, soit en remplissant des fonctions privées ou publiques, soit en se livrant au commerce ; mais il faut absolument qu’ils fassent tout avec honnêteté, avec justice, avec probité, avec charité ; qu’ils aient toujours Dieu devant les yeux, et qu’ils observent avec le plus grand soin ses commandements et ses préceptes ». 

Gardez l’espérance 

Face à ces maux, le pape se tourne vers les chefs du peuple chrétien, entendez les évêques députés à la garde du troupeau. Il affirme sa confiance en leur zèle épiscopal : « D’un seul cœur et d’un seul esprit, et avec un dévouement redoublé, puissiez-vous persister dans la défense de la Maison d’Israël, puissiez-vous combattre le bon combat pour la Foi et défendre les fidèles dont vous avez la garde contre les embûches de l’Ennemi. Exhortez-les à se tenir forts dans notre sainte Foi, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Pressez-les de se maintenir fermement établis dans notre divine religion, qui seule, est véridique et éternelle… et qui seule, conduit au Salut… et qui, dans une plus grande mesure, est seule en mesure de préserver et faire prospérer la société civile ». 

Admirable de force et d’esprit naturel, le successeur de Pierre est rempli d’espérance : « Au milieu de tant de calamités, au sein de la tempête violemment déchaînée contre l’Eglise, ne perdons jamais courage. Le Christ n’est-il pas notre conseil et notre force ? Sans Lui nous ne pouvons rien, mais par Lui nous pouvons tout. Car en affermissant les prédicateurs de l’Evangile et les ministres des sacrements, il dit : “Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde” (Mt 28, 20). » 

Puissent les vérités contenues dans cette lettre du pape Pie IX, donnée à Rome le 10 août 1863 et adressée aux cardinaux et évêques d’Italie, faire écho dans le ciel de la Rome éternelle !

Fermer Fermer

(24/05/2019 06:16)

Un évêque mexicain déclenche une tourmente médiatique  Voir?

Les propos du vice-président de la Conférence des évêques du Mexique, traitant de la gravité de l’avortement comparée à celle des abus sur mineurs et personnes vulnérables, sont à l’origine d’un vif débat au pays des Cristeros. 

« Moralement, l’avortement est plus grave, car il consiste à tuer un innocent, tandis que la notion d’abus peut recouvrir des réalités très diverses. C’est là que se situe la différence de gravité morale » : c’est ainsi que s’est exprimé Mgr Carlos Garfias, lors d’une conférence de presse, le 12 mai 2019. 

L’archevêque de Morelia (Mexique) répondait à une question portant sur une déclaration du cardinal Giovanni Baptista Re, datant du 9 mars 2009, à propos d’une histoire sordide s’étant déroulée au Brésil. Une première manipulation réside dans la question posée qui ne rapporte pas les paroles du cardinal Re, mais les relations des journaux de l’époque, tel L’Obs titrant : « Le viol est moins grave que l’avortement », paroles qui ne se trouvent nulle part dans la déclaration du prélat, qui se contentait de condamner l’avortement. 

A cette question, l’évêque a donné la réponse rapportée ci-dessus et a ajouté : « La peine qui sanctionne l’avortement ne peut être absoute par un prêtre que s’il reçoit une délégation spéciale en raison de la gravité du crime. Alors que les abus peuvent revêtir de nombreuses formes, qui n’ont pas la même gravité », ce qui souligne leur différence. 

Même cause, mêmes effets : les accusations contre l’Eglise portées il y a 10 ans ont immédiatement refait surface, amplifiées par la situation actuelle, encore plus explosive qu’à l’époque. Malgré le fait que Mgr Garfias ait pris soin d’écarter tout laxisme en matière d'abus sur des mineurs ou des personnes vulnérables. 

L’on peut aisément tirer les leçons de cet épisode. D’une part, l’extrême prudence à garder sur certains sujets aujourd’hui. Il est certes très dommageable pour les âmes que l’on ne puisse prêcher la vérité avec la liberté apostolique qu’elle requiert, mais le bien commun oblige parfois à se taire pour un temps, comme le dit la Sainte Ecriture : « Il y a un temps pour se taire, et un temps pour parler » (Eccli. 3, 7). 

D’autre part, la défiance systématique que l’on doit avoir pour les media qui se nourrissent de scoops, de scandales, et qui abhorrent la vérité révélée. D’où l’importance de développer des canaux propres pour prêcher « à temps et à contretemps » (2 Tm 4, 2).

Lire la suite Lire la suite

Un évêque mexicain déclenche une tourmente médiatique  Voir?

Les propos du vice-président de la Conférence des évêques du Mexique, traitant de la gravité de l’avortement comparée à celle des abus sur mineurs et personnes vulnérables, sont à l’origine d’un vif débat au pays des Cristeros. 

« Moralement, l’avortement est plus grave, car il consiste à tuer un innocent, tandis que la notion d’abus peut recouvrir des réalités très diverses. C’est là que se situe la différence de gravité morale » : c’est ainsi que s’est exprimé Mgr Carlos Garfias, lors d’une conférence de presse, le 12 mai 2019. 

L’archevêque de Morelia (Mexique) répondait à une question portant sur une déclaration du cardinal Giovanni Baptista Re, datant du 9 mars 2009, à propos d’une histoire sordide s’étant déroulée au Brésil. Une première manipulation réside dans la question posée qui ne rapporte pas les paroles du cardinal Re, mais les relations des journaux de l’époque, tel L’Obs titrant : « Le viol est moins grave que l’avortement », paroles qui ne se trouvent nulle part dans la déclaration du prélat, qui se contentait de condamner l’avortement. 

A cette question, l’évêque a donné la réponse rapportée ci-dessus et a ajouté : « La peine qui sanctionne l’avortement ne peut être absoute par un prêtre que s’il reçoit une délégation spéciale en raison de la gravité du crime. Alors que les abus peuvent revêtir de nombreuses formes, qui n’ont pas la même gravité », ce qui souligne leur différence. 

Même cause, mêmes effets : les accusations contre l’Eglise portées il y a 10 ans ont immédiatement refait surface, amplifiées par la situation actuelle, encore plus explosive qu’à l’époque. Malgré le fait que Mgr Garfias ait pris soin d’écarter tout laxisme en matière d'abus sur des mineurs ou des personnes vulnérables. 

L’on peut aisément tirer les leçons de cet épisode. D’une part, l’extrême prudence à garder sur certains sujets aujourd’hui. Il est certes très dommageable pour les âmes que l’on ne puisse prêcher la vérité avec la liberté apostolique qu’elle requiert, mais le bien commun oblige parfois à se taire pour un temps, comme le dit la Sainte Ecriture : « Il y a un temps pour se taire, et un temps pour parler » (Eccli. 3, 7). 

D’autre part, la défiance systématique que l’on doit avoir pour les media qui se nourrissent de scoops, de scandales, et qui abhorrent la vérité révélée. D’où l’importance de développer des canaux propres pour prêcher « à temps et à contretemps » (2 Tm 4, 2).

Fermer Fermer

(23/05/2019 09:01)

Russie d’hier contre Russie d’aujourd’hui  Voir?

Une église ou un parc ? Depuis la mi-mai, un bras de fer oppose dans l’Oural deux conceptions de la société russe, traditionnelle et progressiste, autour de la construction d’un lieu de culte, à l’endroit même où le tsar Nicolas II et sa famille ont été assassinés, en 1918. 

Tout a commencé par des rassemblements nocturnes, dans la nuit du 12 au 13 mai 2019, suivis de la destruction d’une clôture apparue quelques jours plus tôt sur l’un des espaces verts d’Ekaterinbourg (Russie), signe du début imminent des travaux de la cathédrale Sainte-Catherine. 

Depuis, heurts et arrestations se sont multipliés : car les défenseurs du projet, soutenus par le Kremlin, affirment avoir consulté en amont la population locale, et ne répugnent plus à employer la manière forte. 

Prévu pour être inauguré en 2023, le futur édifice devrait s’élever à soixante-six mètres de hauteur, avec une capacité de 2 500 fidèles. Le projet doit reproduire, à l’identique, l’église détruite par les communistes en 1930. 

« Ekaterinbourg est le lieu de nombreuses tensions entre l'Eglise et l'intelligentsia locale », explique Andreï Desnitski, spécialiste des questions religieuses, interrogé par l’AFP. « Il s'agit d'une ville industrielle dont l'élite intellectuelle, formée à l'époque soviétique, a des positions très laïques », précise-t-il. 

Positions dont le poids est à nuancer : un récent sondage montre qu’une minorité d’habitants - 20% - défendent la sauvegarde d’un espace vert contre le projet de cathédrale. 

En fait, les intentions des protestataires - relativement peu nombreux, mais déterminés - se font plus claires au fil des jours, prenant un tour plus politique, comme le montre ce slogan scandé par les manifestants : « aujourd’hui contre la cathédrale, demain contre Poutine »… 

 

Lire la suite Lire la suite

Russie d’hier contre Russie d’aujourd’hui  Voir?

Une église ou un parc ? Depuis la mi-mai, un bras de fer oppose dans l’Oural deux conceptions de la société russe, traditionnelle et progressiste, autour de la construction d’un lieu de culte, à l’endroit même où le tsar Nicolas II et sa famille ont été assassinés, en 1918. 

Tout a commencé par des rassemblements nocturnes, dans la nuit du 12 au 13 mai 2019, suivis de la destruction d’une clôture apparue quelques jours plus tôt sur l’un des espaces verts d’Ekaterinbourg (Russie), signe du début imminent des travaux de la cathédrale Sainte-Catherine. 

Depuis, heurts et arrestations se sont multipliés : car les défenseurs du projet, soutenus par le Kremlin, affirment avoir consulté en amont la population locale, et ne répugnent plus à employer la manière forte. 

Prévu pour être inauguré en 2023, le futur édifice devrait s’élever à soixante-six mètres de hauteur, avec une capacité de 2 500 fidèles. Le projet doit reproduire, à l’identique, l’église détruite par les communistes en 1930. 

« Ekaterinbourg est le lieu de nombreuses tensions entre l'Eglise et l'intelligentsia locale », explique Andreï Desnitski, spécialiste des questions religieuses, interrogé par l’AFP. « Il s'agit d'une ville industrielle dont l'élite intellectuelle, formée à l'époque soviétique, a des positions très laïques », précise-t-il. 

Positions dont le poids est à nuancer : un récent sondage montre qu’une minorité d’habitants - 20% - défendent la sauvegarde d’un espace vert contre le projet de cathédrale. 

En fait, les intentions des protestataires - relativement peu nombreux, mais déterminés - se font plus claires au fil des jours, prenant un tour plus politique, comme le montre ce slogan scandé par les manifestants : « aujourd’hui contre la cathédrale, demain contre Poutine »… 

 

Fermer Fermer

(23/05/2019 07:28)

Le cardinal Sarah et l’herméneutique de la réforme dans la continuité  Voir?

Le dernier ouvrage du cardinal Robert Sarah, Le soir approche et déjà le jour baisse (Fayard), est – comme les deux précédents – un livre-entretien écrit en collaboration avec Nicolas Diat. Le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements y dresse un constat affligé de la crise qui secoue la société occidentale et l’Eglise de l’après-Concile. 

Les critiques du haut prélat, sans s’adresser au pape François – il s’en défend vigoureusement –, ne peuvent pas ne pas être rapportées à certains propos du souverain pontife actuel, qu’il s’agisse de l’immigration de masse, de l’écologie, de l’éventuelle ouverture de la prêtrise à des hommes mariés… 

Le souci du cardinal Sarah est, semble-t-il, de ne pas diviser l’Eglise encore plus, c’est pourquoi il « laisse de côté François », comme il le dit expressis verbis. Il dénonce la crise et pointe du doigt certaines causes : il fustige ainsi des évêques et des prêtres, car il reconnaît qu’il s’agit d’une crise qui « se situe au niveau de la tête », mais il refuse de nommer cette tête. 

Il déplore que des clercs cèdent « à la tentation morbide et scélérate d’aligner l’Eglise sur les valeurs des sociétés occidentales actuelles. Ils veulent avant tout que l’on dise que l’Eglise est ouverte, accueillante, attentive, moderne. » (Valeurs Actuelles, 28 mars 2019). Mais il récuse toute opposition entre le pape et lui. Il veut rappeler la vérité, mais ne veut pas compromettre l’unité. Or ce n’est pas le cardinal Sarah qui divise, mais bien ceux qui, en s’opposant à la vérité bimillénaire, brisent l’unité. 

Car l’unité de l’Eglise repose sur la vérité une, révélée par Dieu. Plus de vérité une, plus d’unité dans la vérité, mais « l’unité dans la diversité », le « polyèdre » ou la « mosaïque »…, comme l’on dit aujourd’hui. Rappeler l’unicité de la vérité, c’est défendre l’unité de l’Eglise et dénoncer les fauteurs de division qui s’emploient à « aligner l’Eglise sur les valeurs des sociétés occidentales actuelles ». Dans son livre, le cardinal Sarah fournit un diagnostic pertinent, mais prescrit des remèdes qui ne soignent que les symptômes, sans atteindre le foyer infectieux.

LA CRISE DE LA CONSCIENCE CHRETIENNE DE L’OCCIDENT

Sur le site Atlantico, le 8 avril 2019, le haut prélat répond aux questions de Jean-Sébastien Ferjou. Il dénonce les pseudo-valeurs de la laïcité : « La laïcité à la française est une parfaite contradiction : vous êtes essentiellement façonnés par l’Eglise. Vous ne pouvez pas dire je suis laïc dans la société et je suis chrétien à l’église, c’est ridicule. Un homme ne peut pas être divisé : il est un à tout point de vue, en toutes circonstances. Un Français à l’église est aussi un Français en politique. C’est une incohérence que d’imaginer l’inverse. La foi est une réalité intime mais elle doit aussi être vécue en famille et dans la société au sens large. »

Cette neutralité laïque, relayée par la liberté religieuse conciliaire – ce que le cardinal ne signale pas –, tue l’esprit missionnaire et transforme les prêtres en assistants sociaux : « Si je reçois quelqu’un, je lui donne le meilleur de moi-même, ce que j’ai de plus beau. Or, si je donne au migrant uniquement un toit, du travail, des médicaments... et que je lui cache ce qui fait vraiment un homme, son ouverture au transcendant, je le prive. Pourquoi ne pas proposer au migrant ma foi chrétienne ? Je ne la lui impose absolument pas, je lui dis seulement : “c’est une très bonne possibilité pour ton salut”. [C’est même une nécessité !]
« Au-delà de ce que nous proposons aux migrants, je suis troublé par ce renoncement de l’Occident à sa propre identité. Non seulement, nous ne savons plus expliquer aux autres qui nous sommes, mais nous ne le savons souvent plus nous-mêmes. 

« Je crois que l’Occident pourra disparaître s’il oublie ses racines chrétiennes. Les barbares sont déjà là, en son sein. Et ils lui imposeront leur culture, ils lui imposeront leur religion, leur vision de l’homme, leur vision morale si l’Occident n’a plus qu’un ventre mou et fuyant à leur opposer. » 

Sur le site Boulevard Voltaire, dans un entretien accordé à Gabrielle Cluzel, le 8 avril, le prélat guinéen appuie ses propos sur son expérience personnelle : « J’ai tout reçu de l’Occident. J’ai reçu ma formation et ma foi. On a l’impression aujourd’hui que l’Occident renie ses origines, son histoire et ses racines. Il me semble que nous vivons comme si nous n’avions rien à voir avec le christianisme. Ce n’est pas vrai. Lorsqu’on ouvre les yeux, on voit bien l’architecture, la musique, la littérature… et que tout est chrétien. Je ne vois pas pourquoi on peut nier ce qui est. Nier ce qui est, c’est se mentir à soi-même.

« Je pense que l’Occident est en péril s’il renie ses racines chrétiennes. C’est comme un grand fleuve, il a beau être immense et majestueux, s’il perd sa source, il n’est plus alimenté et se dessèche au bout d’un certain temps. C’est comme un arbre qui n’a plus de racines, il meurt. Un Occident sans racines chrétiennes est un Occident menacé de mort et de disparition. Il s’est fait envahir par d’autres cultures qui, elles, ne renoncent pas à leur histoire et combattent pour montrer qu’elles ont une culture à proposer. D’autres cultures envahissent l’Europe, comme les cultures musulmane et bouddhiste. Il est important qu’il [l’Occident] reprenne conscience que ses valeurs, belles, majestueuses et nobles se perdent.

« Je ne prétends pas être le (seul) missionnaire. Nous sommes tous, par le baptême, envoyés pour faire connaître le Christ et l’Evangile, et la réalité nouvelle qu’il nous propose. Aujourd’hui, les Ecritures nous disent encore : “je fais un monde nouveau”. Ce monde nouveau est créé par le Christ lui-même.

« Je souhaite que ce livre puisse réveiller la conscience occidentale. Je crois que l’Occident a une mission spéciale. Ce n’est pas pour rien que Dieu nous a communiqué la foi par l’Occident. Ce que Dieu donne est permanent, c’est pour toujours et non pour un instant. L’Occident a une mission universelle, à cause de sa culture, de sa foi, de ses racines et son lien personnel avec Dieu. Si l’Occident perdait ses racines, il y aurait un bouleversement énorme et terrible dans le monde. J’espère que la lecture du livre Le soir approche et déjà le jour baisse sera un moyen pour réveiller la conscience occidentale, mais aussi notre conscience de chrétien. »

Sur Atlantico, le cardinal Sarah insiste : « Je crois que si ceux qui dirigent l’Occident, ceux qui veulent le conduire, le font sans – voire contre – le christianisme, alors ils deviennent tièdes et conduisent l’Occident à sa perte. Sans cette radicalité évangélique qui change le cœur de l’homme et donc la politique, l’économie, l’anthropologie, ils œuvrent à sa disparition, même si ce n’est pas leur intention. » 

A propos de l’écologie, le haut prélat déclare : « Sauver la planète alors qu’on continue à tuer des enfants ou qu’on tue les vieillards quand leur faiblesse déplaît aux regards ? Mais que sauve-t-on alors ? Quand on perd Dieu, on perd l’homme. Dieu n’existant plus, on sauve la nature. Mais qu’est-ce que la nature sans homme ? » 

LA CRISE DE LA FOI DANS L’EGLISE

A Jean-Sébastien Ferjou d’Atlantico, le préfet de la Congrégation pour le culte divin montre que cette crise générale affecte également l’Eglise dans son enseignement doctrinal et moral : « (dans mon livre) je passe en revue les crises de l’Eglise : on a l’impression que celle-ci n’a plus de doctrine sûre, qu’elle n’a plus un enseignement moral sûr. L’enseignement de l’Eglise semble aujourd’hui se faner et devenir incertain et liquide. Croyons-nous encore que la Bible est révélée ? Notre attitude à l’égard de Dieu a profondément changé. Dans l’Eglise, Dieu est-il encore considéré comme une personne qui cherche à nouer une relation intime et personnelle avec chacun de nous ? Ou n’est-il plus qu’une idée, un être très lointain ? Le cœur de notre foi réside dans l’Incarnation de Dieu, qui est proche de nous. Nous pouvons le voir de nos yeux, le toucher de nos mains. Il y a Jésus-Christ, et le Père, qui dans la Très Sainte Trinité ne font qu’un avec le Saint-Esprit. Avons-nous encore vraiment cette foi pour laquelle tant de martyrs ont donné leur vie ? »

Selon le prélat africain, cette crise de la foi se manifeste aussi par une grave crise morale dans le clergé : « La crise est aussi présente au niveau du sacerdoce. Incontestablement, il y a eu des moments dans l’histoire où la vie des prêtres n’était pas exemplaire. Leur vie ne rayonnait pas l’Evangile, ni la sainteté de Dieu. Et l’Eglise tolérait un véritable laisser-aller sur le plan moral. Mais il s’est toujours dressé des figures comme saint François d’Assise pour la redresser en optant pour la radicalité de l’Evangile, c’est-à-dire l’Evangile dans sa nudité et sa totalité. Il y a eu aussi le Curé d’Ars : un homme de prière et de pénitence, car le démon s’acharne contre le sacerdoce et, souvent, on ne peut le chasser, loin de nous, que par la prière, le jeûne et un profond désir et volonté de conversion. Mais, ce qui se passe aujourd’hui est incroyable. On est obligé de reconnaître le péché grave et horrible des prêtres pédophiles. Un peu partout, des hommes qui devaient faire grandir les enfants dans la dignité et dans leur relation à Dieu, sont maintenant accusés d’avoir corrompu et détruit non seulement leur annonce, mais aussi le plus précieux de leur vie. D’autres prêtres déclarent avec fierté qu’ils sont homosexuels et qu’ils veulent contracter un “mariage” avec leur ami. Des évêques, des cardinaux sont mis en cause pour des abus sexuels sur des mineurs. Jamais, je pense, on n’a vu une telle horreur et une telle concentration du mal dans l’Eglise. L’Eglise est marquée par une grande crise morale, très douloureuse. » 

Et cette crise dans l’Eglise se traduit par une division et une confusion générale, plus particulièrement ces temps-ci sur la question du célibat sacerdotal : « L’Eglise est aussi marquée par une grande division au niveau de l’enseignement doctrinal et moral : un évêque dit une chose, un autre le contredit, une conférence épiscopale dit une chose, une autre dit le contraire... La confusion s’installe un peu partout, comme peut-être jamais auparavant. On entend désormais souvent dire que le célibat des prêtres est une réalité inhumaine, insupportable, qui ne peut être assumée et vécue sereinement. Et en même temps, le prêtre prétend être configuré au Christ ! Car le prêtre n’est pas seulement un alter Christus, un autre Christ, mais il est surtout ipse Christus, c’est-à-dire le Christ lui-même. Le prêtre prononce les mêmes paroles que Jésus lorsqu’il dit “ceci est mon Corps, ceci est mon Sang”. Il est configuré et identifié au Christ. Il est la présence physique et le prolongement du Mystère du Christ sur la terre. Prolonger le Christ, cela n’est pas compatible avec la réalité d’une vie conjugale. On ne peut pas prétendre s’identifier au Christ et en même temps prétendre dissocier le célibat du sacerdoce. Pourtant, un mouvement dans cette direction travaille l’Eglise de l’intérieur. Le synode sur l’Amazonie d’octobre prochain prévoit, semble-t-il, d’aborder la question de l’ordination sacerdotale d’hommes mariés, les viri probati. J’espère vivement que cela ne se produira pas, et que l’autorité supérieure, le pape, n’autorisera jamais une telle rupture avec l’histoire récente de l’Eglise. »  

QUELLES SONT LES CAUSES DE CETTE CRISE UNIVERSELLE ? 

Comment expliquer cette situation tragique ? Dans cet entretien accordé à Atlantico, le cardinal Sarah envisage bien que l’adaptation de l’Eglise au monde moderne, lui fait perdre son identité : « On a cru qu’il fallait être dynamique, qu’il fallait à tout prix être actif, réaliser des projets plus ou moins sophistiqués, en bref d’être à l’image de notre société en perpétuel mouvement. En conséquence, on a abandonné Dieu, on a abandonné la prière, et certains prêtres sont devenus des “opérateurs sociaux”. » 

Et un peu plus loin : « Oui, il y a des personnes intelligentes qui veulent moderniser ou perfectionner l’Eglise, perfectionner le christianisme, le rendre plus moderne. Mais, on ne peut pas moderniser ou perfectionner l’Eglise. Comme l’a écrit Charles Péguy : “C’est un peu comme si on voulait perfectionner le nord, la direction du nord. Le malin qui voudrait perfectionner le nord. Le gros malin (...). Le nord est naturellement fixe, le christianisme est naturellement fixe. Ainsi, les points fixes ont été donnés une fois pour toutes dans l’un et l’autre monde, dans le monde naturel et dans le monde surnaturel, dans le monde physique et dans le monde mystique. Et tout le travail, tout l’effort est ensuite au contraire de les garder, de les tenir, loin de les améliorer au contraire”. Nous n’avons pas à moderniser l’Eglise. Elle est conduite par la puissance de l’Esprit-Saint et sous la vigilance de Pierre. Et ce que Dieu fait est saint, pur et parfaitement ordonné à réaliser son plan de Salut pour l’humanité. Je ne peux pas entreprendre une quelconque transformation de l’Eglise sans consulter Dieu, ce que je fais dans la prière. Dans la prière, je sais que ce n’est plus mon œuvre, que je dois suivre les inspirations venant de Dieu, et que celles-ci ne sont pas seulement celles d’aujourd’hui, mais de l’Eglise depuis son origine jusqu’à nos jours. L’Eglise n’a jamais été gouvernée par un peuple, mais par une hiérarchie. Au début, elle était constituée des douze apôtres dont l’un était Pierre. La seule et véritable transformation possible de l’Eglise, c’est qu’elle s’applique à mettre en pratique la Volonté de Dieu. Et la Volonté de Dieu, c’est que nous devenions des saints. »

Le 5 avril, à Arthur Herlin, de l’agence IMedia, reprise par le site Aleteia, le cardinal Sarah affirme sans ambages la lourde responsabilité de la hiérarchie ecclésiastique dans cette crise : « Il est vrai qu’actuellement la crise se situe au niveau de la tête. Si nous ne sommes plus capables d’enseigner la doctrine, la morale, ou de donner l’exemple et d’être des modèles, alors la crise s’avère gravissime. Qui défendra les brebis si, les laissant à leur sort, les pasteurs prennent peur et fuient face aux loups ? La peur est la grande faiblesse de l’Eglise d’aujourd’hui. Tout le monde est, certes, terrorisé parce que l’Eglise est accusée de tous les maux. Mais quand quelqu’un est pris par la peur, il n’est plus maître de lui-même. C’est la raison pour laquelle l’Eglise n’ose plus se démarquer et aller à contre-courant pour montrer au monde la direction. Certains évêques craignent les critiques parce qu’ils sont centrés sur eux-mêmes et en viennent à devenir trop prudents, à ne plus rien exprimer clairement pour ne pas rencontrer l’opposition ou le martyre. Or, il leur faut retrouver Dieu, se concentrer sur Lui et se confier en la puissance de sa grâce. En effet, quand on est vraiment avec Lui, on n’a peur de rien. »

« LAISSONS DE COTE FRANÇOIS »

Lorsque le journaliste d’Atlantico rappelle au cardinal Sarah la déclaration interreligieuse du pape François lors de son récent voyage au Maroc (30-31 mars 2019), la réponse est surprenante :

Jean-Sébastien Ferjou : « L’œcuménisme, le dialogue interreligieux sont des valeurs très occidentales. Vous dites qu’on les a beaucoup transformées en irénisme, en une sorte de niaiserie. Avez-vous été frappé par la déclaration du pape François qui a lancé un appel avec le roi du Maroc à la liberté de culte à Jérusalem, en oubliant peut-être de préciser qu’il faudrait aussi que la liberté de culte soit respectée dans les pays arabes – particulièrement dans le Golfe ? Le pape accepte que les chrétiens ne fassent pas de prosélytisme pour donner des gages de sa volonté pacifique mais ne réclame pas la pareille aux musulmans avec lesquels il s’entretient. »
Cardinal Sarah : « Laissons de côté François. » Plus loin dans l’entretien, il ajoute à propos d’une opposition entre le pape et lui : « Ce sont uniquement ceux qui me connaissent par ouï-dire qui s’expriment de la sorte et cherchent à me poignarder dans le dos. Face à ces accusations ou ces soupçons à la fois injustes et fallacieux, je demeure serein. Ma réponse à votre question est donc claire : “Le cardinal Sarah, un opposant au pape ? Non, absolument pas, et cela vaut pour le passé, le présent et l’avenir.” Quand j’ouvre la bouche ou quand j’écris, c’est pour dire ma foi en Jésus, ma fidélité à l’Evangile qui ne change pas d’un iota quelles que soient les circonstances, les périodes et les cultures. »

Précédemment dans le même entretien, Jean-Sébastien Ferjou tentait de définir la position du cardinal Sarah : « Ce qui est frappant dans votre livre, c’est que vous vous astreignez à une ligne de crête, à un propos en tension mais pas en contradiction : vous dénoncez sans ambiguïtés les dérives de l’Eglise, mais vous dites aussi qu’il ne faut pas céder au démon de la division, que la division dans l’Eglise est l’œuvre du diable. Comment réussir à porter une parole forte, qui puisse réveiller les consciences, sans aller jusqu’à tomber dans les luttes politiques ? » 

Le cardinal Sarah lui répond : « Jésus a dit : “Ma doctrine n’est pas de moi, mais de Celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire sa volonté, il reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu ou si je parle de moi-même” (Jn 7, 16). Le Christ n’a pas enseigné sa propre doctrine, mais celle du Père. Il n’est pas venu pour contredire les pharisiens ou les grands prêtres. Son rôle était de proclamer la Parole de Dieu, d’enseigner la doctrine de son Père, et rien d’autre. Pour ma part, je n’ai pas fait le choix de combattre ou de contredire quelqu’un. Je désire et veux uniquement dire la parole que j’ai reçue des missionnaires, la Parole de Jésus, et transmettre l’enseignement de l’Eglise. Je ne désire nullement me battre ou m’opposer à quelqu’un. Toutefois, vous me dites qu’en parlant ainsi, je créerais des divisions... au contraire, je veux contribuer à unifier l’Eglise dans sa foi pour qu’elle vive dans l’amour et la communion. Enseigner la doctrine, être fidèle à l’enseignement intangible de l’Eglise, c’est contribuer à créer la communion et l’unité de l’Eglise. Il est triste de voir une famille divisée. »

– Sur l’enseignement de Jésus qui ne contredisait pas les pharisiens, on se reportera, entre autres, à l’évangile selon saint Matthieu : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui au-dehors paraissent beaux, mais au-dedans sont pleins d’ossements de morts et de toute sorte de pourriture. Ainsi vous, au-dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23, 27-28) Ajoutons, suivant la prophétie du vieillard Siméon, que le Christ est venu « au monde pour la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction » (Lc 2, 34).

Lire la suite Lire la suite

Le cardinal Sarah et l’herméneutique de la réforme dans la continuité  Voir?

Le dernier ouvrage du cardinal Robert Sarah, Le soir approche et déjà le jour baisse (Fayard), est – comme les deux précédents – un livre-entretien écrit en collaboration avec Nicolas Diat. Le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements y dresse un constat affligé de la crise qui secoue la société occidentale et l’Eglise de l’après-Concile. 

Les critiques du haut prélat, sans s’adresser au pape François – il s’en défend vigoureusement –, ne peuvent pas ne pas être rapportées à certains propos du souverain pontife actuel, qu’il s’agisse de l’immigration de masse, de l’écologie, de l’éventuelle ouverture de la prêtrise à des hommes mariés… 

Le souci du cardinal Sarah est, semble-t-il, de ne pas diviser l’Eglise encore plus, c’est pourquoi il « laisse de côté François », comme il le dit expressis verbis. Il dénonce la crise et pointe du doigt certaines causes : il fustige ainsi des évêques et des prêtres, car il reconnaît qu’il s’agit d’une crise qui « se situe au niveau de la tête », mais il refuse de nommer cette tête. 

Il déplore que des clercs cèdent « à la tentation morbide et scélérate d’aligner l’Eglise sur les valeurs des sociétés occidentales actuelles. Ils veulent avant tout que l’on dise que l’Eglise est ouverte, accueillante, attentive, moderne. » (Valeurs Actuelles, 28 mars 2019). Mais il récuse toute opposition entre le pape et lui. Il veut rappeler la vérité, mais ne veut pas compromettre l’unité. Or ce n’est pas le cardinal Sarah qui divise, mais bien ceux qui, en s’opposant à la vérité bimillénaire, brisent l’unité. 

Car l’unité de l’Eglise repose sur la vérité une, révélée par Dieu. Plus de vérité une, plus d’unité dans la vérité, mais « l’unité dans la diversité », le « polyèdre » ou la « mosaïque »…, comme l’on dit aujourd’hui. Rappeler l’unicité de la vérité, c’est défendre l’unité de l’Eglise et dénoncer les fauteurs de division qui s’emploient à « aligner l’Eglise sur les valeurs des sociétés occidentales actuelles ». Dans son livre, le cardinal Sarah fournit un diagnostic pertinent, mais prescrit des remèdes qui ne soignent que les symptômes, sans atteindre le foyer infectieux.

LA CRISE DE LA CONSCIENCE CHRETIENNE DE L’OCCIDENT

Sur le site Atlantico, le 8 avril 2019, le haut prélat répond aux questions de Jean-Sébastien Ferjou. Il dénonce les pseudo-valeurs de la laïcité : « La laïcité à la française est une parfaite contradiction : vous êtes essentiellement façonnés par l’Eglise. Vous ne pouvez pas dire je suis laïc dans la société et je suis chrétien à l’église, c’est ridicule. Un homme ne peut pas être divisé : il est un à tout point de vue, en toutes circonstances. Un Français à l’église est aussi un Français en politique. C’est une incohérence que d’imaginer l’inverse. La foi est une réalité intime mais elle doit aussi être vécue en famille et dans la société au sens large. »

Cette neutralité laïque, relayée par la liberté religieuse conciliaire – ce que le cardinal ne signale pas –, tue l’esprit missionnaire et transforme les prêtres en assistants sociaux : « Si je reçois quelqu’un, je lui donne le meilleur de moi-même, ce que j’ai de plus beau. Or, si je donne au migrant uniquement un toit, du travail, des médicaments... et que je lui cache ce qui fait vraiment un homme, son ouverture au transcendant, je le prive. Pourquoi ne pas proposer au migrant ma foi chrétienne ? Je ne la lui impose absolument pas, je lui dis seulement : “c’est une très bonne possibilité pour ton salut”. [C’est même une nécessité !]
« Au-delà de ce que nous proposons aux migrants, je suis troublé par ce renoncement de l’Occident à sa propre identité. Non seulement, nous ne savons plus expliquer aux autres qui nous sommes, mais nous ne le savons souvent plus nous-mêmes. 

« Je crois que l’Occident pourra disparaître s’il oublie ses racines chrétiennes. Les barbares sont déjà là, en son sein. Et ils lui imposeront leur culture, ils lui imposeront leur religion, leur vision de l’homme, leur vision morale si l’Occident n’a plus qu’un ventre mou et fuyant à leur opposer. » 

Sur le site Boulevard Voltaire, dans un entretien accordé à Gabrielle Cluzel, le 8 avril, le prélat guinéen appuie ses propos sur son expérience personnelle : « J’ai tout reçu de l’Occident. J’ai reçu ma formation et ma foi. On a l’impression aujourd’hui que l’Occident renie ses origines, son histoire et ses racines. Il me semble que nous vivons comme si nous n’avions rien à voir avec le christianisme. Ce n’est pas vrai. Lorsqu’on ouvre les yeux, on voit bien l’architecture, la musique, la littérature… et que tout est chrétien. Je ne vois pas pourquoi on peut nier ce qui est. Nier ce qui est, c’est se mentir à soi-même.

« Je pense que l’Occident est en péril s’il renie ses racines chrétiennes. C’est comme un grand fleuve, il a beau être immense et majestueux, s’il perd sa source, il n’est plus alimenté et se dessèche au bout d’un certain temps. C’est comme un arbre qui n’a plus de racines, il meurt. Un Occident sans racines chrétiennes est un Occident menacé de mort et de disparition. Il s’est fait envahir par d’autres cultures qui, elles, ne renoncent pas à leur histoire et combattent pour montrer qu’elles ont une culture à proposer. D’autres cultures envahissent l’Europe, comme les cultures musulmane et bouddhiste. Il est important qu’il [l’Occident] reprenne conscience que ses valeurs, belles, majestueuses et nobles se perdent.

« Je ne prétends pas être le (seul) missionnaire. Nous sommes tous, par le baptême, envoyés pour faire connaître le Christ et l’Evangile, et la réalité nouvelle qu’il nous propose. Aujourd’hui, les Ecritures nous disent encore : “je fais un monde nouveau”. Ce monde nouveau est créé par le Christ lui-même.

« Je souhaite que ce livre puisse réveiller la conscience occidentale. Je crois que l’Occident a une mission spéciale. Ce n’est pas pour rien que Dieu nous a communiqué la foi par l’Occident. Ce que Dieu donne est permanent, c’est pour toujours et non pour un instant. L’Occident a une mission universelle, à cause de sa culture, de sa foi, de ses racines et son lien personnel avec Dieu. Si l’Occident perdait ses racines, il y aurait un bouleversement énorme et terrible dans le monde. J’espère que la lecture du livre Le soir approche et déjà le jour baisse sera un moyen pour réveiller la conscience occidentale, mais aussi notre conscience de chrétien. »

Sur Atlantico, le cardinal Sarah insiste : « Je crois que si ceux qui dirigent l’Occident, ceux qui veulent le conduire, le font sans – voire contre – le christianisme, alors ils deviennent tièdes et conduisent l’Occident à sa perte. Sans cette radicalité évangélique qui change le cœur de l’homme et donc la politique, l’économie, l’anthropologie, ils œuvrent à sa disparition, même si ce n’est pas leur intention. » 

A propos de l’écologie, le haut prélat déclare : « Sauver la planète alors qu’on continue à tuer des enfants ou qu’on tue les vieillards quand leur faiblesse déplaît aux regards ? Mais que sauve-t-on alors ? Quand on perd Dieu, on perd l’homme. Dieu n’existant plus, on sauve la nature. Mais qu’est-ce que la nature sans homme ? » 

LA CRISE DE LA FOI DANS L’EGLISE

A Jean-Sébastien Ferjou d’Atlantico, le préfet de la Congrégation pour le culte divin montre que cette crise générale affecte également l’Eglise dans son enseignement doctrinal et moral : « (dans mon livre) je passe en revue les crises de l’Eglise : on a l’impression que celle-ci n’a plus de doctrine sûre, qu’elle n’a plus un enseignement moral sûr. L’enseignement de l’Eglise semble aujourd’hui se faner et devenir incertain et liquide. Croyons-nous encore que la Bible est révélée ? Notre attitude à l’égard de Dieu a profondément changé. Dans l’Eglise, Dieu est-il encore considéré comme une personne qui cherche à nouer une relation intime et personnelle avec chacun de nous ? Ou n’est-il plus qu’une idée, un être très lointain ? Le cœur de notre foi réside dans l’Incarnation de Dieu, qui est proche de nous. Nous pouvons le voir de nos yeux, le toucher de nos mains. Il y a Jésus-Christ, et le Père, qui dans la Très Sainte Trinité ne font qu’un avec le Saint-Esprit. Avons-nous encore vraiment cette foi pour laquelle tant de martyrs ont donné leur vie ? »

Selon le prélat africain, cette crise de la foi se manifeste aussi par une grave crise morale dans le clergé : « La crise est aussi présente au niveau du sacerdoce. Incontestablement, il y a eu des moments dans l’histoire où la vie des prêtres n’était pas exemplaire. Leur vie ne rayonnait pas l’Evangile, ni la sainteté de Dieu. Et l’Eglise tolérait un véritable laisser-aller sur le plan moral. Mais il s’est toujours dressé des figures comme saint François d’Assise pour la redresser en optant pour la radicalité de l’Evangile, c’est-à-dire l’Evangile dans sa nudité et sa totalité. Il y a eu aussi le Curé d’Ars : un homme de prière et de pénitence, car le démon s’acharne contre le sacerdoce et, souvent, on ne peut le chasser, loin de nous, que par la prière, le jeûne et un profond désir et volonté de conversion. Mais, ce qui se passe aujourd’hui est incroyable. On est obligé de reconnaître le péché grave et horrible des prêtres pédophiles. Un peu partout, des hommes qui devaient faire grandir les enfants dans la dignité et dans leur relation à Dieu, sont maintenant accusés d’avoir corrompu et détruit non seulement leur annonce, mais aussi le plus précieux de leur vie. D’autres prêtres déclarent avec fierté qu’ils sont homosexuels et qu’ils veulent contracter un “mariage” avec leur ami. Des évêques, des cardinaux sont mis en cause pour des abus sexuels sur des mineurs. Jamais, je pense, on n’a vu une telle horreur et une telle concentration du mal dans l’Eglise. L’Eglise est marquée par une grande crise morale, très douloureuse. » 

Et cette crise dans l’Eglise se traduit par une division et une confusion générale, plus particulièrement ces temps-ci sur la question du célibat sacerdotal : « L’Eglise est aussi marquée par une grande division au niveau de l’enseignement doctrinal et moral : un évêque dit une chose, un autre le contredit, une conférence épiscopale dit une chose, une autre dit le contraire... La confusion s’installe un peu partout, comme peut-être jamais auparavant. On entend désormais souvent dire que le célibat des prêtres est une réalité inhumaine, insupportable, qui ne peut être assumée et vécue sereinement. Et en même temps, le prêtre prétend être configuré au Christ ! Car le prêtre n’est pas seulement un alter Christus, un autre Christ, mais il est surtout ipse Christus, c’est-à-dire le Christ lui-même. Le prêtre prononce les mêmes paroles que Jésus lorsqu’il dit “ceci est mon Corps, ceci est mon Sang”. Il est configuré et identifié au Christ. Il est la présence physique et le prolongement du Mystère du Christ sur la terre. Prolonger le Christ, cela n’est pas compatible avec la réalité d’une vie conjugale. On ne peut pas prétendre s’identifier au Christ et en même temps prétendre dissocier le célibat du sacerdoce. Pourtant, un mouvement dans cette direction travaille l’Eglise de l’intérieur. Le synode sur l’Amazonie d’octobre prochain prévoit, semble-t-il, d’aborder la question de l’ordination sacerdotale d’hommes mariés, les viri probati. J’espère vivement que cela ne se produira pas, et que l’autorité supérieure, le pape, n’autorisera jamais une telle rupture avec l’histoire récente de l’Eglise. »  

QUELLES SONT LES CAUSES DE CETTE CRISE UNIVERSELLE ? 

Comment expliquer cette situation tragique ? Dans cet entretien accordé à Atlantico, le cardinal Sarah envisage bien que l’adaptation de l’Eglise au monde moderne, lui fait perdre son identité : « On a cru qu’il fallait être dynamique, qu’il fallait à tout prix être actif, réaliser des projets plus ou moins sophistiqués, en bref d’être à l’image de notre société en perpétuel mouvement. En conséquence, on a abandonné Dieu, on a abandonné la prière, et certains prêtres sont devenus des “opérateurs sociaux”. » 

Et un peu plus loin : « Oui, il y a des personnes intelligentes qui veulent moderniser ou perfectionner l’Eglise, perfectionner le christianisme, le rendre plus moderne. Mais, on ne peut pas moderniser ou perfectionner l’Eglise. Comme l’a écrit Charles Péguy : “C’est un peu comme si on voulait perfectionner le nord, la direction du nord. Le malin qui voudrait perfectionner le nord. Le gros malin (...). Le nord est naturellement fixe, le christianisme est naturellement fixe. Ainsi, les points fixes ont été donnés une fois pour toutes dans l’un et l’autre monde, dans le monde naturel et dans le monde surnaturel, dans le monde physique et dans le monde mystique. Et tout le travail, tout l’effort est ensuite au contraire de les garder, de les tenir, loin de les améliorer au contraire”. Nous n’avons pas à moderniser l’Eglise. Elle est conduite par la puissance de l’Esprit-Saint et sous la vigilance de Pierre. Et ce que Dieu fait est saint, pur et parfaitement ordonné à réaliser son plan de Salut pour l’humanité. Je ne peux pas entreprendre une quelconque transformation de l’Eglise sans consulter Dieu, ce que je fais dans la prière. Dans la prière, je sais que ce n’est plus mon œuvre, que je dois suivre les inspirations venant de Dieu, et que celles-ci ne sont pas seulement celles d’aujourd’hui, mais de l’Eglise depuis son origine jusqu’à nos jours. L’Eglise n’a jamais été gouvernée par un peuple, mais par une hiérarchie. Au début, elle était constituée des douze apôtres dont l’un était Pierre. La seule et véritable transformation possible de l’Eglise, c’est qu’elle s’applique à mettre en pratique la Volonté de Dieu. Et la Volonté de Dieu, c’est que nous devenions des saints. »

Le 5 avril, à Arthur Herlin, de l’agence IMedia, reprise par le site Aleteia, le cardinal Sarah affirme sans ambages la lourde responsabilité de la hiérarchie ecclésiastique dans cette crise : « Il est vrai qu’actuellement la crise se situe au niveau de la tête. Si nous ne sommes plus capables d’enseigner la doctrine, la morale, ou de donner l’exemple et d’être des modèles, alors la crise s’avère gravissime. Qui défendra les brebis si, les laissant à leur sort, les pasteurs prennent peur et fuient face aux loups ? La peur est la grande faiblesse de l’Eglise d’aujourd’hui. Tout le monde est, certes, terrorisé parce que l’Eglise est accusée de tous les maux. Mais quand quelqu’un est pris par la peur, il n’est plus maître de lui-même. C’est la raison pour laquelle l’Eglise n’ose plus se démarquer et aller à contre-courant pour montrer au monde la direction. Certains évêques craignent les critiques parce qu’ils sont centrés sur eux-mêmes et en viennent à devenir trop prudents, à ne plus rien exprimer clairement pour ne pas rencontrer l’opposition ou le martyre. Or, il leur faut retrouver Dieu, se concentrer sur Lui et se confier en la puissance de sa grâce. En effet, quand on est vraiment avec Lui, on n’a peur de rien. »

« LAISSONS DE COTE FRANÇOIS »

Lorsque le journaliste d’Atlantico rappelle au cardinal Sarah la déclaration interreligieuse du pape François lors de son récent voyage au Maroc (30-31 mars 2019), la réponse est surprenante :

Jean-Sébastien Ferjou : « L’œcuménisme, le dialogue interreligieux sont des valeurs très occidentales. Vous dites qu’on les a beaucoup transformées en irénisme, en une sorte de niaiserie. Avez-vous été frappé par la déclaration du pape François qui a lancé un appel avec le roi du Maroc à la liberté de culte à Jérusalem, en oubliant peut-être de préciser qu’il faudrait aussi que la liberté de culte soit respectée dans les pays arabes – particulièrement dans le Golfe ? Le pape accepte que les chrétiens ne fassent pas de prosélytisme pour donner des gages de sa volonté pacifique mais ne réclame pas la pareille aux musulmans avec lesquels il s’entretient. »
Cardinal Sarah : « Laissons de côté François. » Plus loin dans l’entretien, il ajoute à propos d’une opposition entre le pape et lui : « Ce sont uniquement ceux qui me connaissent par ouï-dire qui s’expriment de la sorte et cherchent à me poignarder dans le dos. Face à ces accusations ou ces soupçons à la fois injustes et fallacieux, je demeure serein. Ma réponse à votre question est donc claire : “Le cardinal Sarah, un opposant au pape ? Non, absolument pas, et cela vaut pour le passé, le présent et l’avenir.” Quand j’ouvre la bouche ou quand j’écris, c’est pour dire ma foi en Jésus, ma fidélité à l’Evangile qui ne change pas d’un iota quelles que soient les circonstances, les périodes et les cultures. »

Précédemment dans le même entretien, Jean-Sébastien Ferjou tentait de définir la position du cardinal Sarah : « Ce qui est frappant dans votre livre, c’est que vous vous astreignez à une ligne de crête, à un propos en tension mais pas en contradiction : vous dénoncez sans ambiguïtés les dérives de l’Eglise, mais vous dites aussi qu’il ne faut pas céder au démon de la division, que la division dans l’Eglise est l’œuvre du diable. Comment réussir à porter une parole forte, qui puisse réveiller les consciences, sans aller jusqu’à tomber dans les luttes politiques ? » 

Le cardinal Sarah lui répond : « Jésus a dit : “Ma doctrine n’est pas de moi, mais de Celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire sa volonté, il reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu ou si je parle de moi-même” (Jn 7, 16). Le Christ n’a pas enseigné sa propre doctrine, mais celle du Père. Il n’est pas venu pour contredire les pharisiens ou les grands prêtres. Son rôle était de proclamer la Parole de Dieu, d’enseigner la doctrine de son Père, et rien d’autre. Pour ma part, je n’ai pas fait le choix de combattre ou de contredire quelqu’un. Je désire et veux uniquement dire la parole que j’ai reçue des missionnaires, la Parole de Jésus, et transmettre l’enseignement de l’Eglise. Je ne désire nullement me battre ou m’opposer à quelqu’un. Toutefois, vous me dites qu’en parlant ainsi, je créerais des divisions... au contraire, je veux contribuer à unifier l’Eglise dans sa foi pour qu’elle vive dans l’amour et la communion. Enseigner la doctrine, être fidèle à l’enseignement intangible de l’Eglise, c’est contribuer à créer la communion et l’unité de l’Eglise. Il est triste de voir une famille divisée. »

– Sur l’enseignement de Jésus qui ne contredisait pas les pharisiens, on se reportera, entre autres, à l’évangile selon saint Matthieu : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui au-dehors paraissent beaux, mais au-dedans sont pleins d’ossements de morts et de toute sorte de pourriture. Ainsi vous, au-dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23, 27-28) Ajoutons, suivant la prophétie du vieillard Siméon, que le Christ est venu « au monde pour la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction » (Lc 2, 34).

Fermer Fermer

(23/05/2019 06:30)

Dernière mise à jour : 23/05/2019 23:10

 
Vous êtes ici :   Accueil » Nouvelles du pays et RSS - Informations et analyses de la vie de l'Eglise
 
Vous êtes ici :   Accueil » Nouvelles du pays et RSS - Informations et analyses de la vie de l'Eglise